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Harcèlement : la longue marche de la prévention ne s’arrête pas

Un clip vidéo contre le harcèlement à l’école, mettant en scène de manière peu réaliste une enseignante caricaturale et dépassée par les événements, a déclenché un tollé. Mais des trésors de ressources, pour prévenir ou pour réagir, sont déjà disponibles.


L’écume de l’actualité, dopée par les réseaux sociaux, peut occulter certains mouvements profonds. Il serait dommage que le tollé déclenché par le clip réalisé par la journaliste Mélissa Theuriau contre le harcèlement à l’école fasse oublier l’énorme travail réalisé sur ce sujet ces dernières années.
Ce tollé a néanmoins un sens. Il confirme la persistance d’une ambiance inflammable dans une partie de la communauté enseignante. Il renvoie aussi au malentendu creusé par cette vidéo bien intentionnée, mettant en scène une enseignante caricaturale qui, dans une classe de primaire en plein chahut dès qu’elle tourne le dos, ne comprend rien à ce qui se passe et réprimande le harcelé. Les opposants à la politique ministérielle ont tout de suite battu le rappel, jugeant le clip « insultant ». Mais la demande de son retrait avant diffusion au grand public par la télévision et les salles de cinéma est vite devenue quasi unanime, rassemblant du Snalc jusqu’au Sgen-CFDT, même si le SE-UNSA, tout en jugeant la vidéo « pour le moins maladroite », n’a pas voulu embrayer.
Najat Vallaud-Belkacem a exclu de renoncer à sa diffusion, soutenant qu’elle ne comportait « aucune maladresse ». Ce clip « est construit autour du regard d’un enfant victime », avait-elle déjà plaidé fin octobre en annonçant la première Journée nationale de prévention du harcèlement, le 5 novembre. Sa présentation de la nouvelle campagne de sensibilisation et des ressources disponibles sur le site rénové Non au harcèlement incite à découvrir à quel point l’éducation nationale dispose déjà d’un arsenal sur ce thème. On y trouve des vidéos par dizaines, notamment celles réalisées dans le cadre du prix annuel Mobilisons-nous contre le harcèlement, lancé en 2014, qui couronne chaque année dix lauréats sur environ 800 projets déposés par des classes. Dans ce matériau, résultat de l’engagement des enseignants et des élèves eux-mêmes, figurent des trouvailles de scénario aptes à inspirer des professionnels...
Le harcèlement « diminue de façon très effective quand les élèves deviennent des acteurs de la prévention », soulignait justement la ministre en détaillant l’ensemble du dispositif. Le numéro vert, créé en 2013, est désormais à quatre chiffres (3020) facilement mémorisables. Particulièrement riche et bien fait, indiquant aux enfants, aux parents et aux professionnels comment prévenir et comment réagir, le site témoigne de l’ampleur du chantier mis en œuvre ces dernières années. Ouvert en 2011 sous le ministère Chatel avec les Assises nationales contre le harcèlement, il s’est poursuivi avec une première campagne de sensibilisation en janvier 2012, puis la création en novembre de la Délégation ministérielle à la prévention et la lutte contre les violences en milieu scolaire, dirigée jusqu’en septembre dernier par l’universitaire Eric Debarbieux, auquel a succédé l’inspecteur général André Canvel.
La prévention du harcèlement est devenue une obligation dans la loi de refondation de juillet 2013. Le travail de maillage institutionnel, se traduisant entre autres par la présence de 250 « référents » dans les académies et les départements, n’est pas achevé. Il laissera toujours des sceptiques et ne peut stopper par miracle le fléau du harcèlement, dont on estime qu’il touche un élève sur dix. Mais quiconque est concerné dispose aujourd’hui de recours et d’interlocuteurs possibles. L’âpreté des réactions à un clip mal ajusté aura eu au moins pour effet de renforcer la vigilance de tous sur ces questions.