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Réformes éducatives : le Medef sur une ligne (presque) modérée

En attente de réformes profondes du système éducatif , le Medef appuie l’autonomie des établissement scolaires, voit dans l’école « un incubateur de talents » et se promet de développer l’apprentissage. Le tout sans se livrer à des provocations inutiles


Pour le Medef, « il n’y a pas de croissance durable sans un système éducatif performant ». Pour cela, l’organisation patronale formule des propositions que Florence Poivey, présidente de la fédération de la plasturgie et de la commission Education formation insertion du Medef, en compagnie de Sandrine Javelaud, directrice de la mission Education et enseignement supérieur, et d’Alain Druelles, directeur éducation et formation, ont développées le 24 janvier.
A entendre ces trois représentants, lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes éducation, le Medef semble soucieux, vis-à-vis du monde de l’éducation, de ne pas agiter de chiffons rouges inutiles. Le décalage de tonalité avec les discours de campagne des candidats de droite à la présidentielle est patent. Florence Poivey a rappelé les quatre points principaux des attentes du Medef en matière d’éducation : « Donner la priorité au primaire, valoriser l’envie d’apprendre et la capacité à agir, revoir le système d’orientation en informant mieux sur les trajectoires et les parcours possibles et renforcer l’implication des entreprises dans la voie professionnelle. » Concernant le primaire, le Medef ajoute aux « fondamentaux » lire-écrire-compter la maîtrise du numérique et le début de l’apprentissage des langues étrangères.
Favorable à une « personnalisation » des enseignements, le Medef entend « mettre l’enfant au centre des démarches et adapter les enseignements à sa situation propre ». Son ode aux « innovations », qu’elle soient «  pédagogiques, organisationnelles ou techniques  », confortera ceux qui, dans le monde enseignant, voient dans la pédagogie une cheval de Troie du libéralisme. Quant à sa vision de l’école comme « incubateur de talents », certains l’interpréteront comme une façon d’entériner les déterminismes sociaux. Sans surprise, le Medef appuie à fond l’idée d’autonomie des structures scolaires, y compris dans le primaire et jusqu’à donner aux chefs d’établissement la possibilité de recruter leur équipe et de « construire leur budget », au risque d’amorcer un processus de décantation entre établissements selon leur réputation.
Mais, là encore, ses formulations évitent tout propos agressif envers les enseignants et leurs représentants. Entre la culture de l’entreprise et celle de l’éducation, « on connaît les antagonismes », dit Florence Poivey, « mais on a appris à travailler ensemble et à faire parfois des choses formidables ». S’agissant de l’enseignement professionnel, le Medef assume sa préférence pour l’alternance sous contrat de travail plutôt que sous statut scolaire et veut favoriser le développement de l’apprentissage. Mais sans en faire une « voie unique » et en préservant la « complémentarité » avec les lycées professionnels.
Sur le projet, exprimé notamment par François Fillon, de fusionner les centres de formation d’apprentis et les lycées professionnels et de confier l’ensemble aux régions, l’organisation patronale se montre circonspecte. « Jusqu’où veulent-ils aller en termes de compétence régionale, et avec quelles conséquences sur la gestion des personnels ? », s’interroge Alain Druelles. Ce profil doux va jusqu’à prôner un débat «  dépassionné  » et «  moins idéologisé  » sur les sciences économiques et sociales au lycée, Florence Poivey admettant que « la sociologie est utile à l’enseignement de l’économie ».
Au total, le positionnement du Medef témoigne d’un souci, très patronal, de préserver face à toute circonstance la «  faisabilité  » de ses propositions. L. C.