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La dotation des collèges garde une certaine part de mystère

Entre établissements géographiquement très proches, des écarts importants de la dépense salariale par élève peuvent exister, qui ne s’expliquent pas toujours par les différences de difficulté du terrain ni par l’effet « éducation prioritaire ». Un effet d’inertie est soupçonné


Environ 216 000 professeurs des collèges, qui accueillent plus de 3 230 000 élèves, viennent d’effectuer, en même temps que les autres segments du système scolaire, leur rentrée. Cette réalité a bien sûr une dimension financière. La masse salariale correspondante, principal poste de dépense dans ces collèges comme dans d’autres types d’établissements, représente un enjeu budgétaire considérable pour l’éducation nationale en même temps qu’un vrai défi de politique éducative  : appliquer, autant que possible, une allocation des moyens rationnelle et équitable, répondant à des règles claires.
Or, si l’on a bien compris une communication faite le 29 août, lors de l’université d’été du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire), par Clément Dherbécourt, chercheur à France Stratégie, c’est là que le bât blesse. L’étude qu’il a présentée, qui doit être bientôt publiée, porte sur « l’hétérogénéité des moyens humains d’éducation entre collèges ». Depuis 2015, de nouvelles règles d’allocation des moyens ont été instaurées qui, dans le souci de tenir compte de la diversité des terrains, intègrent des critères comme le caractère plus ou moins rural de l’académie et le revenu moyen de sa population. C’est une amélioration, mais qui ne permet pas de régler l’allocation des moyens jusqu’au niveau du terrain. Le nombre d’élèves dans un collège reste déterminé par la sectorisation, elle-même fixée par le département, le nombre de postes d’enseignants est arrêté par le rectorat et, enfin le système des mutations influe sur la composition du personnel enseignant, générant des variations importantes en termes d’âge et de type de formation, avec une forte incidence financière.
En exploitant des données récentes, issues du SIASP (système d’information des agents du service public) et permettant de géolocaliser l’emploi public établissement par établissement, ainsi que d’autres informations rendues « open data » par l’éducation nationale, les chercheurs ont identifié des écarts importants de dépenses salariales entre collèges. Ainsi, dans les métropoles, 10% des collèges ont une dotation représentant moins de 2 500 euros par élève, tandis qu’à l’autre extrême, les 10% les mieux dotés se situent au-dessus de 3 500 euros.
Ces écarts, au bénéfice des mieux dotés, s’expliquent en partie par « l’effet éducation prioritaire » qui augmente le nombre de postes par élève (notamment à travers le nombre d’assistants d’éducation) et compense la plus grande jeunesse des équipes. Cet effet, cependant, n’explique pas tout, au point que « le résultat principal » de cette étude est une très forte hétérogénéité des moyens au niveau local, ne correspondant pas forcément à une échelle des difficultés. « Vous pouvez être un collège en REP+ ou en REP et être finalement peu doté par rapport à un collège hors éducation prioritaire de votre catégorie urbaine ». Entre collèges REP, toutes choses égales par ailleurs, l’écart peut être de l’ordre de 30%.
D’autre part, l’hétérogénéité des moyens est « maximale » hors éducation prioritaire. Cela a pour conséquence que l’on peut y trouver des établissements très bien dotés, aussi bien que s’ils étaient classés en REP + ou en REP, et, « juste à côté », des établissements faisant partie des 30% les moins bien dotés au niveau national. Cette variabilité, pour les chercheurs, ne s’explique pas, ou pas encore, de manière satisfaisante, même si une piste possible serait un effet d’inertie lié à l’histoire singulière de chaque établissement. L.C.