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La qualité de la vie à l’école ne suffit pas à garantir les résultats

Personne n’est hostile au bien-être à l’école. Et tout le monde est persuadé qu’il est un facteur favorable aux performances scolaires. Mais, entre ces deux objets complexes et évolutifs, les relations de causalité restent difficiles à établir scientifiquement


La qualité de vie à l’école est-elle un facteur de réussite en termes de performances scolaires ? On se doute que oui. Mais, jusqu’à présent, on ne peut pas le prouver. Sur ce thème, la littérature scientifique internationale des vingt dernières années, passée au peigne fin par un rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), ne permet pas de trancher.
Présenté le 2 octobre, ce rapport d’Agnès Florin et Philippe Guimard, du Centre de recherche en éducation de Nantes (CREN), fait état de nombreuses études, aux résultats souvent contradictoires ou évasifs. Ce qui, en revanche, est attesté est que la valorisation du bien-être des enfants, loin d’être une spécificité française, est une préoccupation montante dans les pays développés. Sa conception a évolué : au-delà d’éléments objectifs tels que les taux de mortalité, de maladie ou de handicap, sa mesure inclut désormais la façon subjective dont les enfants eux-mêmes apprécient leur situation.
C’est le cas du rapport de l’Unicef « Bilan Innocenti 13 » (publié en 2016 mais utilisant sur l’éducation des données issues de PISA 2012), qui compare les inégalités de bien-être dans les pays riches. Avec 85% des enfants de 11, 13 et 15 ans se déclarant satisfaits de leur vie, ce rapport situe la France en 18e position, parmi les 29 pays étudiés. En France et concernant l’école, les termes de qualité de vie et de bien-être n’apparaissent qu’à partir de 2012 dans les textes officiels. Ils sont associés à la notion de « climat scolaire » mise en avant notamment par les travaux d’Eric Debarbieux, dont une enquête réalisée en 2011 pour l’Unicef France montrait que plus d’un quart des élèves de CM1, CM2 et 6e déclaraient qu’ils n’aimaient « pas beaucoup ou pas du tout » l’école, soit un taux préoccupant.
Cependant, dès lors qu’il s’agit de croiser qualité de vie et performances académiques, les conclusions se dérobent. « Les travaux visant à examiner l’impact de la satisfaction de vie perçue des élèves ou de leur bien-être à l’école sur leurs résultats académiques et leur réussite scolaire sont beaucoup plus rares et aboutissent à des résultats non consensuels », constate le rapport du Cnesco.
Ainsi, une étude publiée en 2015 par la chercheuse Tamara Hubert pour la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) montre une corrélation « assez forte » entre climat scolaire et notes aux épreuves écrites du brevet, mais rappelle qu’une corrélation ne se confond pas avec un rapport de cause à effet : est-ce un bon climat qui agit en faveur de meilleurs résultats, ou de mauvais résultats qui dégradent le climat ?
« Il est difficile, dit cette étude, d’identifier clairement le sens d’influence. » Comme le note le Cnesco, « les relations entre bien-être et performances scolaires sont complexes, varient au cours des trajectoires scolaires ». Trop complexes  ? Sans doute sont-elles encore plus difficiles à cerner sur le long terme, par exemple dans le rapport positif au savoir que pourrait durablement établir une scolarité sereine.
« Plus les élèves se sentent bien à l’école, plus ils se sentent compétents et cela a une incidence positive sur leurs performances scolaires », affirme quand même le rapport du Cnesco. Mais les chercheurs ajoutent que cette relation « doit être appréhendée à long terme, et sur un nombre d’enfants plus important ». Ils placent en effet leurs espoirs sur les futurs résultats du suivi, jusqu’à la 3e, des 15 000 élèves du panel CP 2011 de la DEPP, qui « constituera une opportunité pour approfondir cette question ». Affaire à suivre. L.C.