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Qui rétablira la santé de la médecine scolaire ?

Alors même que ses missions s’alourdissent, la médecine scolaire est sinistrée. Sur cette réalité, un rapport de l’Académie de médecine vient de jeter une lumière crue. Mais c’est aussi un problème inextricable, qui dépasse le seul cadre de l’éducation nationale


Si la médecine de prévention, celle qui s’adresse aux personnels, est sinistrée dans l’éducation nationale (La Lettre, n° 929), la médecine scolaire, consacrée aux élèves, n’est pas en meilleur état.
C’est l’Académie de médecine, dans un rapport rendu public le 31 octobre, qui vient de tirer le signal d’alarme. La médecine scolaire, dont le nom officiel est « service de promotion de la santé en faveur des élèves », connaît une grave situation de carence. Le conseil national de l’ordre des médecins a enregistré en 2015 le nombre de 1 770 praticiens exerçant, sous divers statuts, la médecine scolaire. La grande majorité d’entre eux sont « médecins de l’éducation nationale », un corps créé en 1991, et sont recrutés par concours. Leur nombre est en chute libre : de 1400 en 2006, il est tombé à 1 000 en 2016.
Il existe aussi des médecins vacataires et des médecins contractuels, recrutés sans concours pour tenter de combler les déficits, mais ils ne représentent que 7,2 % des médecins scolaires. Enfin, également recrutés sans concours, des médecins scolaires municipaux, affectés aux écoles maternelles et élémentaires, existent dans une douzaine de grandes villes, mais leur nombre « n’est pas connu avec précision ».
L’Académie de médecine estime que le nombre d’élèves pour un seul médecin « varie de 2 000 à 46 000 ». Or, les missions assignées à la médecine scolaire ne cessent de s’alourdir : ses membres font partie des comités « éducation pour la santé et la citoyenneté », créés en 2005 dans les établissements du second degré, et sont impliqués dans le « parcours éducatif de santé », instauré en 2016 pour tous les élèves. La circulaire est éloquente  : « Enjeu primordial au sein du système éducatif, la santé, dans ses dimensions physique, psychique, sociale et environnementale, est un élément essentiel de l’éducation de tous les enfants et adolescents. Elle constitue un facteur important de leur réussite éducative. En effet, les données disponibles montrent que les inégalités de santé s’installent très précocement et que les conduites ayant une influence négative sur la santé se mettent en place dès l’enfance ou l’adolescence. »
L’écart entre les principes et la réalité ne saurait être plus criant. Ainsi, pour ne citer qu’une mission de base de la médecine scolaire, le taux des visites, normalement obligatoires, pour les élèves de 6 ans, est estimé à 71%. Le rapport ajoute qu’en moyenne, 57% des enfants ont eu en 2015, un examen de santé, pratiqué par un médecin ou une infirmière. Cette situation, souligne le rapport, «  menace la qualité et l’égalité du dépistage précoce et de la prévention, en particulier pour les grand problèmes de l’adolescence  : échec scolaire, addictions, obésité, troubles psychiques...  »
L’Académie de médecine préconise notamment d’organiser un système de santé scolaire rattaché au ministère de la santé et d’améliorer les conditions matérielles des médecins scolaires. Interrogé en commission par plusieurs députés sur les suites qu’il entend donner à ce rapport alarmant, Jean-Michel Blanquer a souligné que d’« énormes progrès » étaient à faire et s’est notamment fixé pour objectif que la visite des enfants de 6 ans soit « systématique » dès 2018. Sur le fond, il juge que « le problème de la médecine scolaire n’est pas budgétaire » mais « relève du manque d’attractivité de la profession de médecin scolaire ». Il avance deux pistes de solution  : la possibilité pour les médecins de choisir cette spécialité à la sortie de l’internat et le recours accru à des médecins non scolaires au service des élèves. L.C.