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La Lettre

Politique éducative

Les premiers chantiers éducatifs du président Nicolas Sarkozy

En matière d’éducation, Nicolas Sarkozy, nouveau président de la République, veut aller vite. L’autonomie des universités et la mise en place des études dirigées sont au programme du prochain ministre de l’éducation nationale nommé cette semaine.

« Le président veut aller vite. » C’est en tout cas ce qu’affirme à La Lettre de l’éducation Emmanuelle Mignon, conseillère de Nicolas Sarkozy chargée de la préparation de son programme pendant la campagne. Place d’abord à la réforme de l’université et à la création d’un statut d’autonomie (liberté de recrutement des étudiants et des professeurs, liberté des programmes et du financement, changement de la gouvernance). « Avec le travail, ce sont les deux priorités absolues » du nouveau locataire de l’Elysée, assure la conseillère. L’enseignement supérieur devrait ainsi faire l’objet d’une loi « dès cet été - lors de la session parlementaire extraordinaire de juin -, voire au plus tard à la session d’octobre ».
Pour l’éducation nationale stricto sensu, trois priorités sont d’ores et déjà établies sur la feuille de route du prochain ministre. Dès la rentrée prochaine, les études dirigées, encadrées par des enseignants volontaires, devront être mises en place dans tous les établissements du pays. La réforme de l’éducation prioritaire devrait également être amorcée, avec l’identification des établissements qui concentrent les plus grandes difficultés, où le nombre des élèves sera diminué de moitié. Enfin, le chantier d’« assouplissement » de la carte scolaire devrait également être lancé sans tarder, par l’octroi d’une autonomie plus grande aux établissements, c’est-à-dire « en les autorisant dès septembre prochain à recruter 20 % de leurs effectifs hors secteur ». Reste encore à préciser « si cela doit s’appliquer à certains ou à tous les établissements », conclut Emmanuelle Mignon.
Parmi les ministrables Rue de Grenelle circulent les noms de Jean-Louis Borloo, de Philippe Douste-Blazy ou encore celui de Xavier Darcos, auteur d’un récent rapport pour l’UMP sur les enseignants. Deux femmes semblent aussi bien placées : Valérie Pécresse, porte-parole de l’UMP, et Christine Lagarde, actuelle ministre du commerce extérieur. Reste un outsider : Richard Descoings, patron de Sciences Po Paris. Selon Pierre-André Périssol, spécialiste des questions éducatives à l’UMP, « le prochain ministre devra s’inscrire impérativement dans le cadre fixé par la loi sur l’école de François Fillon et réunir toutes les conditions pour passer à une logique de résultat ».

Inquiétudes des syndicats
Chez les syndicats, l’élection de Nicolas Sarkozy suscite inquiétude, expectactive et mises en garde. Face au programme « composite et contradictoire » du nouveau président, Gérard Aschieri (FSU) s’inquiète d’une conception de fond de l’éducation fondée sur la concurrence et la réussite individuelle. Après une campagne qui « a donné lieu à des évocations souvent caricaturales et outrancières de l’école », Luc Bérille (SE-UNSA) attend de voir « la traduction concrète en actes », notamment sur l’autonomie des établissements. A contre-courant, le Snalc (CSEN) appelle à rompre avec « l’idéologie égalitariste » du collège unique. Enfin, le SNES (FSU) annonce une journée d’action, le 23 mai à Paris, pour « interpeller le nouveau ministre de l’éducation », à laquelle devrait se rallier l’intersyndicale du second degré. Parmi les mesures les plus urgentes réclamées par les syndicats : « l’abrogation » du décret sur les décharges horaires, un collectif budgétaire et le respect des engagements financiers pris sur l’élargissement de l’accès à la hors-classe.