Albert-Claude Benhamou est délégué interministériel pour l’éducation numérique en Afrique.
Le premier séminaire international Sankoré de recherche universitaire sur la pédagogie s’est tenu les 15 et 16 novembre au Convervatoire national des arts et métiers (CNAM), à Paris. Pouvez-vous revenir sur ce projet développé en Afrique ?
Le projet Sankoré vise à équiper les écoles primaires et les collèges africains d’outils numériques. Bien sûr, l’outil individuel pour chaque élève africain est un rêve irréaliste dans l’immédiat. Il faudra attendre de dix à quinze ans. Les solutions que nous avons imaginées, high-tech et low cost (moins de 1000 euros) sont des solutions génériques et non spécifiques à l’Afrique.
En quoi est-il nécessaire de passer à la classe numérique ?
Tout simplement parce que les enseignants savent qu’ils s’adressent à des enfants nés avec le numérique. Même si la généralisation n’est pas immédiate, la mutation est totale. L’école suit l’évolution de la cité. De fait, les processus d’adaptation à l’évolution technologique ne sont pas nouveaux. C’est comme cela depuis la tablette graphique et le stylet inventés par les Grecs, jusqu’au rétroprojecteur en passant par l’imprimerie et le tableau noir apparu au XIXe siècle. Aujourd’hui, ce sont les tablettes numériques que l’on voit arriver dans les écoles, alors qu’elles n’étaient pas forcément destinées à l’enseignement. Certaines académies ont même supprimé les tableaux noirs.
Y a-t-il urgence ?
Oui, sans aucun doute. Car, même si l’école ne doit pas réagir avec urgence, mais prendre le temps de la réflexion, il y a une urgence à ne pas rater le train du numérique. Nous n’avons pas le choix. Néanmoins, les changements actuels ont des conséquences très fortes sur les contenus des disciplines, sur la manière d’enseigner, sur les enjeux sociétaux. Là, nous sommes obligés de réagir peut-être pas dans l’urgence, mais en tout cas très vite. Aujourd’hui, un professeur de géographie qui accrocherait une carte au tableau comme cela se faisait autrefois, ou encore un professeur de musique qui occulterait les instruments électroniques et viendrait avec son guide de chant, c’est impensable !
Où en est la France ?
Tout à coup, il y a une convergence de technologie avec la démocratisation des ordinateurs individuels et des outils de classe comme les tableaux blancs numériques ; environ 8 % des salles de classe sont équipées en France, les pays les plus équipés (Grande-Bretagne, Canada, Etats-unis...) sont à 30 %, et le Québec a même l’objectif d’avoir 100% des classes équipées en tableaux blancs. Il y aussi un mouvement vers les espaces numériques de travail : les absences des élèves, le cahier de textes, les relevés de notes... tout est informatisé. L’idée étant que le professeur n’est plus seul dans sa classe, il travaille en réseau avec ses collègues et peut échanger ses productions.
Le livre pourrait-il disparaître ?
L’Etat de Californie, le Brésil, la Corée du Sud... ont décidé d’utiliser des manuels numériques de manière systématique. En France, il ne disparaîtra pas forcément, mais sa forme évoluera.
Y a-t-il un lien entre numérique et niveau scolaire ?
Pour l’instant, les études ne montrent pas de différences significatives dans les résultats scolaires obtenus, même dans les écoles les plus équipées.
Est-ce qu’on peut imaginer une école sans enseignants ?
C’est un mythe technologique. Il n’est pas question de perdre l’héritage du passé. Il faut garder le lien avec la tradition dans ce qu’elle a de meilleur : l’école humaniste, l’école lien social, où le maître est physiquement là, et l’innovation dans ce qu’elle peut être la plus contributive à la qualité de l’enseignement. On ne peut imaginer qu’un robot soit l’enseignant de demain. En revanche, il peut être un outil complémentaire, une aide pour l’enseignant. C’est exactement le programme Sankoré : du numérique, mais intermédié par l’enseignant. Celui-ci devient un hyperspécialiste d’Internet, capable de dégager le bon grain de l’ivraie. Il doit pouvoir expliquer à ses élèves comment rechercher sur Internet. Apprendre, c’est difficile, comprendre n’est pas toujours évident. Et ce n’est pas en regardant une vidéo qu’un enfant deviendra brusquement intelligent.
Personnels Les enseignants pourraient être évalués par les chefs d’établissement
Enseignement secondaire Les modalités de l’évaluation de l’épreuve d’histoire des arts au DNB
Enseignement scolaire Augmentation des élèves en difficulté en maîtrise de la langue
Enseignement scolaire Les 223 000 jeunes décrocheurs du système éducatif
Enseignement supérieur Concours enseignants : le certificat en langues n’est plus obligatoire
Enseignement supérieur Autonomie des universités : la France obtient une note médiocre
Personnels Des députés dénoncent « l’abandon » des Rased par l’éducation nationale
Administration Un projet de circulaire définit la nouvelle gouvernance académique
Budget Les crédits de la mission « enseignement scolaire » sont réduits de 20 millions d’euros
Les chiffres Cinq fautes de plus aux dictées en fin de primaire en dix ans