Axel Kahn, généticien, est président de l’université Paris-Descartes.
L’université Paris-Descartes est passée en 2009 aux responsabilités et compétences élargies prévues par la loi d’autonomie. Quel bilan en tirez-vous ?
C’est tout bonnement révolutionnaire ! Même si cela a demandé une mobilisation considérable, tout a changé... Passer du jour au lendemain à un budget de l’ordre de 440 millions d’euros, incorporant 230 millions d’euros de masse salariale, n’était pas une mince affaire ! La principale nouveauté était de passer d’un budget où près d’une centaine de dépenses étaient fléchées à un budget global que l’université devait répartir selon sa propre politique..
De nombreuses universités autonomes ont eu du mal à boucler leur budget l’an dernier. Est-ce que cela a été votre cas ?
A Paris-Descartes, nous avons préparé avec soin le passage à l’autonomie en recrutant une responsable du pilotage budgétaire. Grâce à son travail, nous pouvions anticiper très finement nos besoins et les conséquences de nos choix. Nous avons également mené une bonne négociation avec le ministère de l’enseignement supérieur... Alors que nous avions jusqu’à 1 million d’euros de marge avant, nous pouvons désormais avoir des marges plus importantes.
Qu’avez-vous fait de vos marges ?
Comme d’autres universités, nous avons revu notre politique indemnitaire et élargi, en particulier pour nos enseignants-chercheurs, les primes ou les décharges horaires pour différentes actions pédagogiques. En recherche, nous avons réussi à augmenter de 30 % les moyens de nos laboratoires. Et ce qui est remarquable, c’est que nous poursuivons nos efforts financiers alors que les organismes de recherche partenaires, comme le CNRS ou l’Inserm, revoient les financements à la baisse. Nous avons également lancé des appels d’offres internes pour financer des innovations pédagogiques. Enfin, nous avons créé sur fonds propres des contrats doctoraux et des bourses de post-doctorat afin d’attirer des jeunes chercheurs très prometteurs.
L’autonomie n’est-elle que bénéfique ?
J’ai toujours été partisan de l’autonomie et je ne change pas d’avis sur le fond... Cependant, la situation économique étant ce qu’elle est, nous voyons l’avenir avec inquiétude. En 2009, nous avions effectivement obtenu des moyens supplémentaires, mais pas en 2010. Or, après le transfert de la masse salariale, nos charges augmentent. Le risque est que nous ayions à terme à utiliser des fonds dévolus à certaines missions pour couvrir les salaires. Ou, pire, que nous soyons poussés à geler des postes pour faire face à nos dépenses. Si nous en étions réduits à ces extrémités, cela serait ingérable !
Autre dossier d’actualité, les investissements d’avenir. Comment analysez-vous ces appels d’offres ?
Les universités ne sont pas des enfants que l’ont appâte avec des sucres d’orge ! Je suspecte que certains, au gouvernement, veuillent profiter de ces investissements d’avenir pour aller plus loin que la loi d’autonomie de 2007... En autorisant la mise en place de grands établissements, certains pourront, par exemple, organiser une gouvernance avec davantage de personnalités extérieures à l’université ou fixer des frais d’inscription plus importants. Au lieu de faire les choses de cette manière, il serait plus judicieux de mettre tous ces sujets sur la table ! Ils méritent d’être discutés... Cette réponse explique également pourquoi notre projet d’initiative d’excellence s’appuie sur la gouvernance actuelle de notre pôle de recherche et d’enseignement supérieur Sorbonne Paris-Cité. Notre structure est assez solide pour gérer les moyens des investissements d’avenir.
Ultime sujet d’actualité à Paris-Descartes, quel premier bilan faites-vous de la nouvelle première année d’études de santé (PAES) ?
S’il est trop tôt pour tirer un véritable bilan, ces six premiers mois d’application me confortent dans ce que je pensais déjà. Il est extrêmement lourd de préparer de manière équitable 3 200 étudiants pour seulement 400 places offertes aux concours. Cette débauche d’énergie est démente. Il est impératif de trouver un moyen de limiter à un maximum de 1 500 étudiants l’accès à cette PAES...
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