Bernadette Groison est secrétaire générale de la FSU depuis le 5 février 2010.
La FSU n’a pas réussi à stopper la réforme du lycée, qui va s’appliquer à la rentrée. Elle s’est même trouvée isolée sur ce thème. Quelle leçon tirez-vous de cette bataille perdue ?
Je ne pense pas que ce soit une bataille perdue. On a déjà vu des réformes contestées après leur mise en place. Et c’est aussi au vu de ses conséquences concrètes que l’on peut prendre la mesure de cette réforme. Le président de la République avait promis qu’elle ne serait pas l’occasion de récupérer des postes. Or, le « schéma d’emploi » pour 2011-2013 démontre le contraire. C’est dans ce cadre plus global que le mouvement de protestation peut non seulement persister mais rebondir. La FSU a pu, à un moment, sembler un peu seule sur ce dossier, mais il ne faut pas oublier que ses syndicats y représentent la majorité des personnels. La politique du fait accompli pratiquée par le gouvernement est une négation du dialogue social. Or les personnels commencent à en percevoir les effets réels. Alors oui, une première tranche de cette réforme est passée, mais cela ne veut pas dire que la bataille est terminée.
A propos du « schéma d’emploi » 2011-2013, c’est tout le syndicalisme enseignant qui semble impuissant face à la poursuite des réductions de postes. Avez-vous des propositions pour dépasser cette situation ?
C’est l’application du dogme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, point-clé de la politique gouvernementale. Seule une mobilisation de haut niveau, dépassant les seuls personnels de l’éducation, peut faire sauter ce verrou. Il faut la réponse la plus offensive et la plus unitaire possible. Le gouvernement croit se heurter aux seuls fonctionnaires, mais l’école ne concerne pas que ses personnels ! Des questions graves, comme la violence à l’école ou les rythmes scolaires, donnent lieu à de grandes fanfaronnades du ministre. Mais elles ne peuvent être traitées sérieusement si la priorité est de diminuer massivement les personnels qualifiés. Et cela, les parents et les jeunes le voient au quotidien. Cette bataille se joue aussi avec eux.
Ne pas remplacer un départ à la retraite sur deux est une chose. Démanteler le service public en est une autre. N’êtes-vous pas devenus inaudibles à force de « crier au loup » ?
Ce qui nous inquiète, c’est une politique éducative qui renonce à la réussite de tous. Dans la mesure où l’on ne permet pas au service public de jouer son rôle, je me demande si on ne cherche pas délibérément à le mettre en échec et à ouvrir ainsi la porte aux officines privées. Ce n’est pas une tentative ouverte de privatisation telle qu’elle peut exister dans d’autres secteurs, mais c’est bien un démantèlement de « l’esprit de service public » qui suscite chez les personnels un sentiment d’abandon devant l’impossibilité de faire le travail comme il devrait être fait.
La FSU refuse toute évaluation des écoles, toute politique d’expérimentation dans le secondaire et toute marge d’autonomie des établissements. L’immobilisme n’est-il pas le meilleur allié de la « libre concurrence » scolaire ?
Je ne reconnais pas la FSU ni les personnels dans ces termes, car ils laissent penser que nous serions enfermés dans une série de refus de principe. Nos refus s’articulent avec des propositions alternatives. L’évaluation peut apporter des outils permettant d’améliorer le système. Ce que nous contestons, c’est son détournement, au profit d’une mise en concurrence des écoles et des personnes. De même, ce qui nous dérange dans les expérimentations actuelles est justement qu’elles ne sont jamais évaluées, comme s’il fallait à tout prix mettre en pratique les lubies du moment. Quant à l’autonomie, si nous sommes pour un cadrage national de la politique éducative, nous avons toujours admis et proposé des adaptations aux territoires et aux publics scolaires. L’immobilisme, c’est plutôt le refus de nous entendre et l’attitude consistant à tout ramener à la réduction des dépenses.
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Le point avec... Bernadette Groison : « Sur la réforme du lycée, la bataille n’est pas terminée »