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Brigitte Belmont sur la scolarisation des élèves handicapés : « La formation des auxiliaires de vie scolaire reste insuffisante sur le terrain »

Brigitte Belmont est ingénieure de recherche au centre de recherche sur les liens sociaux (Cerlis) de l’université Paris-V.

A la rentrée, le gouvernement a réitéré sa volonté de scolariser l’ensemble des enfants handicapés. Y met-il vraiment les moyens ?
Les annonces faites à cette rentrée s’inscrivent dans le prolongement d’actions lancées à partir de 2000 et relayées par la loi de 2005 qui autorise l’ensemble des enfants handicapés à s’inscrire dans l’école de son quartier. Avec 2 700 auxiliaires de vie scolaire (AVS) et 200 nouvelles unités pédagogiques d’intégration (UPI) prévus à cette rentrée, des moyens sont effectivement débloqués. Ce n’est sans doute pas suffisant. Mais l’entrée massive à l’école d’enfants handicapés n’est pas envisageable sans la formation et l’accompagnement des personnels impliqués, ce qui ne peut se faire que progressivement.

Justement, les personnels sont-ils assez armés pour accueillir et encadrer ces élèves handicapés supplémentaires ?
La formation de l’ensemble des personnels est la cheville ouvrière du dispositif, mais elle est encore insuffisante. Par exemple, concernant les AVS, il est prévu 60 heures obligatoires de formation à la fonction et une formation supplémentaire pouvant aller jusqu’à 140 heures. Or, entre le nombre d’heures annoncées et les formations effectivement délivrées, il peut y avoir une marge. Selon une enquête que nous avons menée au Cerlis (université Paris-V) en 2005-2006, sur un département de la région francilienne, si les deux types de formation ont bien été organisés, deux tiers des AVS ont bénéficié d’une seule semaine de formation, soit environ 30 heures. De plus, quand on interroge ces auxiliaires de vie scolaire sur leur formation, ils souhaitent souvent qu’elle ait lieu plus tôt dans l’année et qu’elle soit davantage orientée vers la pratique. Au-delà de la formation, c’est également par les collaborations avec les enseignants - beaucoup trop marginales aujourd’hui - que les AVS peuvent construire les compétences nécessaires à leur fonction.

La formation des enseignants est-elle aujourd’hui adéquate ?
Pour l’instant, elle est presque exclusivement orientée vers les enseignants spécialisés et pas vers ceux de classes ordinaires. Or il est indispensable que ces derniers puissent aujourd’hui en bénéficier. Cette formation repose à mon sens sur deux piliers. Tout d’abord, il s’agit de réfléchir à la façon de prendre en charge dans les classes des enfants très divers et également aux pratiques à mettre en place pour rendre accessibles tous les savoirs scolaires. Ensuite, cela nécessite le développement de collaborations au sein des équipes pédagogiques, mais également entre ces dernières et les équipes des structures spécialisées. Historiquement, l’école et les structures spécialisées se sont développées de façon cloisonnée. Depuis 2005, ces deux secteurs doivent d’autant plus se parler que le projet personnel de scolarisation prévu par la loi pour chaque enfant handicapé est au centre du dispositif. Apprendre à collaborer est donc primordial, même si une méfiance et des représentations négatives réciproques subsistent encore : les professeurs ont peur que la présence d’un deuxième intervenant dans la classe ne vienne troubler leur autorité et les enseignants spécialisés de leur côté perçoivent l’école comme un milieu dur ne s’adaptant pas aux difficultés de l’enfant. Des moments de formation commune entre professionnels de l’école et ceux de structures spécialisées pourraient aider à apaiser les tensions.

Plus qu’un problème de formation, il s’agit en fait d’un problème d’état d’esprit des différents intervenants ?
L’accueil des enfants handicapés nécessite en effet une révolution des mentalités de l’ensemble des acteurs éducatifs non seulement en termes de collaboration, mais aussi de philosophie éducative. Au lieu d’accueillir ces élèves en leur apportant des aides pour les faire entrer dans un moule scolaire prédéfini, c’est à l’école de mettre tout en œuvre pour leur permettre de participer aux activités scolaires et de progresser dans leurs apprentissages. Cette évolution est importante et nécessite une prise de conscience non seulement des enseignants eux-mêmes, mais aussi une implication de leur hiérarchie. Elle concerne également tous les professionnels du secteur spécialisé. Trois ans ne suffiront pas pour réaliser cette révolution.