Bruno Julliard est le secrétaire national à l’éducation du Parti socialiste.
Pour votre première rentrée en tant que
secrétaire national à l’éducation du Parti socialiste, comment jugez-vous son climat général ?
Malheureusement, une fois de plus, la rentrée scolaire s’effectue dans un climat dégradé.
Les enseignants sont inquiets de leurs conditions de travail, les parents sont inquiets des conditions d’accueil de leurs enfants. Et ils ont raison, car, avec les suppressions de postes et autres réformes engagées, c’est l’une des rentrées les plus néfastes que l’on ait connues.
Au-delà de la critique, où en êtes-vous de l’établissement de votre projet éducatif du PS ?
Nous voulons un projet éducatif qui ne soit pas seulement une addition de propositions sectorielles, mais un projet global. Nous parlerons donc de l’école, mais aussi de l’accès à la culture, du lien de l’école avec les familles, du rôle des médias, des associations, du périscolaire, en un mot, de l’ensemble de l’environnement éducatif. L’élève est au centre de notre programme. Nous souhaitons ainsi individualiser le rapport entre l’école et l’élève, en améliorant les méthodes pédagogiques. Cela passe par la pluridisciplinarité, le travail en équipe, la promotion des initiatives locales. Enfin, la valorisation des métiers de l’éducation est une question à laquelle nous souhaitons apporter des solutions.
Avez-vous un calendrier précis ?
Contrairement au gouvernement, notre méthode consiste à discuter avec l’ensemble des acteurs du système éducatif. Nous consacrerons donc bon nombre de mois à échanger avec les enseignants, les parents d’élèves, les chercheurs... Nous pensons présenter un projet éducatif avant l’été 2010.
Les propositions que vous venez d’annoncer vous semblent-elles audacieuses ?
On a longtemps reproché au PS son manque de vision d’ensemble. Il faut à présent politiser le sujet : parce que nous souhaitons une autre société, nous souhaitons une autre école. Nos propositions seront plus ambitieuses que les précédentes, c’est certain.
Pourquoi la réforme du collège fait-elle partie de vos priorités ?
La réforme du collège est la grande absente des réformes annoncées par le gouvernement. Elle nous paraît cependant essentielle, car c’est au collège que se jouent bon nombre de décrochages scolaires. Nous proposons par exemple un lissage pédagogique entre le primaire et le collège, alors que la rupture est trop forte actuellement entre les deux niveaux. Il est important aussi d’apporter une réponse différente à chacun, autrement dit d’individualiser la pédagogie. Cela ne passera pas forcément par la bivalence, mais certainement par une adaptation des formations et des conditions de travail des enseignants.
Quelle est votre appréciation de la réforme de la formation des maîtres ?
Dans le principe, je suis favorable à la mastérisation. En revanche, je suis très opposé à la manière dont le gouvernement l’envisage. La dégradation des conditions de l’alternance entraîne une dégradation de la qualité de la formation des enseignants. Je pense par exemple que le concours doit avoir lieu plus tôt dans la scolarisation, avec des stages réguliers et le maintien des IUFM.
Etes-vous favorable à la carte scolaire ?
Nous sommes absolument favorables au principe d’une sectorisation. La carte scolaire est le seul moyen de garantir la mixité sociale. Elle doit permettre en outre de garantir que les parents inscrivent leurs enfants dans un établissement proche de leur domicile.
Sur la grippe A, Luc Chatel en fait-il trop ?
Il est important de ne pas sous-estimer les risques, mais il faut aussi éviter les mouvements de panique. Or, certaines déclarations de Luc Chatel ont été confuses. De plus, on relève plusieurs problèmes. D’une part, les médecins ne sont pas suffisamment nombreux pour assurer leur mission. Autrement dit, on donne des consignes, mais pas de moyens. D’autre part, le problème de la continuité pédagogique se pose : si celle-ci n’est pas assurée, le poids des inégalités sociales sera déterminant. Certains élèves seront aidés par leurs parents, alors que d’autres prendront un retard colossal.
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