Christian Forestier est administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).
Vous avez rendu au ministre de l’éducation nationale, le 25 janvier, la synthèse des auditions que le comité de pilotage de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires, que vous présidez, a menées depuis juin 2010. Quelles idées-forces en découle-t-il ?
A ma connaissance, cette consultation est sans précédent. Près de soixante auditions ont été menées, avec les organisations syndicales, les fédérations de parents d’élèves, les collectivités territoriales, le monde associatif, les représentants des cultes, du monde économique... On a même auditionné les moniteurs de ski, c’est dire comme nous sommes allés loin dans le détail ! Il faut rajouter tout le travail fait par mes collègues recteurs et les contributions Internet. Mais, à force de trop consulter, nous avons mis en évidence beaucoup de contradictions. Certes, quelques consensus ont émergé de notre consultation. Le premier, c’est que toutes les personnes auditionnées souhaitent une réforme. Nous n’avons pas rencontré de défenseurs du statu quo. Deuxième consensus, tout le monde affirme penser d’abord à l’intérêt de l’enfant. Sauf que tout le monde s’accorde aussi à dire qu’il faut prendre en compte d’autres considérations - économiques, culturelles, familiales - qui relèvent des adultes. Au final, les positions des uns et des autres sont très divergentes. Aucun consensus n’apparaît sur l’équilibre de la journée, de la semaine, de l’année.
La solution ne serait-elle pas de laisser la main aux échelons locaux ?
Je pense que la majorité des membres du comité de pilotage est favorable à un certain degré de flexibilité. Encore faut-il trouver le bon équilibre entre cadrage national et adaptations locales, et définir à quel niveau se situent les prises de décisions : établissement ou collectivités territoriales ? Pourquoi, par exemple, ne pas donner la main aux grandes villes, et, dans les espaces ruraux, aux départements, qui gèrent le transport scolaire ? Quel niveau de cohérence entre les trois niveaux, école, collège, lycée ? Ce sont des pistes de réflexion qui seront débattues au sein du comité de pilotage au cours des prochains mois.
La semaine de quatre jours doit-elle être supprimée ?
Elle est décriée par la grande majorité des personnes auditionnées. Mais je suis bien incapable de prédire, à l’heure actuelle, ce que le comité de pilotage proposera en juin prochain ! Ma seule certitude, c’est que l’on ne regardera pas le problème par le petit bout de la lorgnette. Le comité de pilotage ne veut pas que ce débat se traduise par deux ou trois mesures. Il ne serait pas raisonnable de le réduire à la suppression de la semaine de quatre jours, ou au raccourcissement et au zonage des vacances d’été. Nos préconisations seront globales. L’idée de plusieurs « scénarios » me paraît appropriée, car aucune mesure ne pourra être envisagée isolément du reste.
Une réforme des rythmes scolaires aura-t-elle des impacts sur le métier d’enseignant ?
Personne ne conteste le fait qu’il y ait urgence à repenser le métier d’enseignant. Il faut distinguer le face-à-face du cours magistral des autres formes d’enseignement, plus interactives (accompagnement scolaire, orientation, travail en équipe, etc.) J’ai fait partie, en 2007-2008, de la commission Pochard, à l’origine du Livre vert sur l’évolution du métier d’enseignant (voir La Lettre n° 584). Je pense toujours que les solutions que ce rapport préconise doivent être examinées.
Qu’est-ce qui vous a frappé le plus pendant cette période de consultation ?
J’ai été très surpris par la problématique des familles recomposées, soulevée par de nombreuses personnes auditionnées. C’est devenu un phénomène de société, il est incontournable dans le débat sur les rythmes scolaires. Par contre, à part l’épiscopat, qui revendique le mercredi matin pour la catéchèse, les associations cultuelles se sont montrées peu exigeantes, contrairement à ce que j’imaginais. Les rencontres ont été sereines et constructives avec le monde associatif et les collectivités territoriales, j’ai senti un vrai intérêt pour le sujet. Ce sera probablement plus compliqué avec l’industrie touristique. J’ai également été frappé par le nombre de personnes qui posent le problème de la pause méridienne, jugée trop courte et trop souvent tronquée par des heures de soutien scolaire.
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