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Daniel Filâtre : « Nous devons entreprendre une véritable révolution pédagogique à l’université »

Daniel Filâtre est président de l’université Toulouse-II-Le Mirail et chargé de la commission pédagogie de la CPU.

Du 11 au 13 mai, à Toulouse, le colloque de la Conférence des présidents d’université (CPU) a travaillé sur la réforme de la licence. Vous avez participé à sa préparation en tant que président de la commission pédagogie de la CPU. Quel bilan en tirez-vous ?
Ce colloque est historique et fondateur pour l’université. Pour la première fois, nous avons réussi à lancer la réflexion sur le cycle licence en ne prenant pas uniquement la question de la seule licence universitaire, mais en l’étendant à l’ensemble des formations post-baccalauréat. Des représentants de toutes les formations post-bac et de nombreux acteurs étaient en effet réunis à Toulouse. Dès lors, la question de la licence ne peut plus se poser de manière isolée. Par ailleurs, la deuxième grande avancée est la prise en compte par l’ensemble des présidents d’université de l’existence d’un « continuum » du cycle licence, qui commence à partir de la classe de 2de et se termine à bac + 3. Ce qui devient important n’est plus le baccalauréat, mais toute la formation du lycée, première marche d’accès aux formations du cycle licence.

Que signifie pour les jeunes ce continuum de bac - 3 à bac + 3 ?
Nous souhaitons que les élèves et futurs étudiants puissent organiser leur parcours le plus tôt possible, à partir de la 2de. Cela implique que les universités apportent plus massivement leur contribution à la construction dès la classe de 2de du projet personnel et professionnel des lycéens. Nous devons passer de l’orientation active actuelle, actionnée en terminale au moment du choix d’inscription dans le supérieur, à un processus progressif d’autoévaluation et de bilan de compétences des élèves, puis des étudiants. Pour adapter le système aux parcours des élèves et des étudiants, un effort doit, par exemple, être fait pour mettre en place les « schémas régionaux d’enseignement supérieur et de recherche » qui vont garantir la cohérence de l’ensemble de l’offre post-bac sur un territoire : licence, IUT, BTS, classes préparatoires aux grandes écoles et les autres établissements qui ne dépendent pas du ministère de l’enseignement supérieur. Dans ce cadre, il nous paraît indispensable d’organiser des passerelles entre les différentes formations et institutions.

Comment envisagez-vous la licence dans ce nouvel « écosystème » ?
Nous devons reconstruire nos formations de licence en partant des compétences visées, à l’image de ce qu’a pu faire l’université de Saint-Etienne, et garantir aux étudiants une bonne formation de base, la capacité à s’adapter et à apprendre. Cela passe, bien sûr, par la formation « à et par la recherche », et non par une « secondarisation », afin de faire comprendre que les connaissances ne sont pas figées, mais qu’elles doivent être toujours réinterrogées, approfondies, mises en doute selon des méthodes rigoureuses et par l’expérimentation. Pour mener cela, nous devons entreprendre une véritable révolution pédagogique à l’université. Et cela passe en partie par une nouvelle organisation de nos activités pédagogiques.

De quel type de réorganisation parlez-vous ?
Il faut mettre en place de vraies équipes pédagogiques afin de construire collectivement l’offre de formation. En trente ans, nous sommes passés de la recherche individuelle à la recherche collective avec la création des équipes au sein des laboratoires. Nous devons prendre le même chemin pour la pédagogie en nous appuyant sur ce qu’ont déjà fait nos collègues québécois ou belges ainsi que sur la recherche en pédagogie universitaire. Par ailleurs, nous devons doter les universités de cellules d’ingénierie pédagogique, de services supports qui ne disent pas de manière impérative ce que les professeurs doivent entreprendre, mais qui leur viennent plutôt en aide pour mener leur modules pédagogiques ou autoévaluer leurs pratiques... Il existe une clé dans l’université. Quand on impose les choses, il y a peu de chances que cela avance. En revanche, les choses bougent quand les projets sont le fruit d’une coopération et s’appuient sur des expérimentations. Enfin, il est nécessaire de mettre en place une reconnaissance de l’engagement pédagogique dans l’évolution des carrières des universitaires et des dispositifs de formation. Sans cela, les collègues ne se mobiliseront pas.