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Dominique Odry : « L’approche éducative de l’orientation peut devenir réalité »

Dominique Odry est un ancien responsable de formation à l’Ecole supérieure de l’éducation nationale (ESEN).

Dans votre dernier ouvrage, L’Orientation. 15 mots pour comprendre et agir (Scérén-CNDP, 2011), vous décrivez l’émergence d’une « approche éducative » de l’orientation. Cette conception s’est-elle concrétisée ?
Le cœur des préoccupations en matière d’orientation dans les années 1980, c’était le « projet personnel » de l’élève. Une nouvelle conception domine aujourd’hui le système, celle de « l’éducation à l’orientation » : au lieu de faire travailler l’élève sur un projet, on l’aide à acquérir des compétences qui vont lui permettre, tout au long de sa vie, de construire son parcours et de faire des choix. On part du postulat que l’orientation est aussi une affaire éducative. L’intention s’est concrétisée avec la loi d’orientation sur l’école de 2005 qui instaure le socle commun de compétences et de connaissances, parmi lesquelles l’autonomie et l’initiative. Si l’on met bout à bout toutes les mesures prises ces dernières années - parcours de découverte des métiers et des formations au collège, accompagnement personnalisé au lycée, orientation active en terminale, etc. - on s’aperçoit que cette philosophie peut devenir réalité.

Y a-t-il encore des obstacles ?
Les missions des enseignants en sont un. Sans eux, il ne peut y avoir d’approche éducative de l’orientation. En Europe, d’ailleurs, les enseignants sont les seuls acteurs de l’orientation ; les COP [conseillers d’orientation psychologues] n’existent qu’en France. Les textes ont pris en compte cette redéfinition du métier, à commencer par ceux qui encadrent les compétences des enseignants de collège et de lycée. Reste que leur valeur est non contraignante et qu’instituer un temps d’orientation, c’est toucher à l’identité professionnelle des enseignants centrée sur les savoirs académiques. De fait, il existe une mosaïque de projets locaux d’orientation, mais pas de tendance de fond. Deuxième obstacle : l’approche éducative de l’orientation ne fait pas l’unanimité chez les COP. Si certains acceptent le nouveau rôle qu’elle leur donne - un rôle de conseiller - expert pour construire des projets d’orientation -, beaucoup se replient sur leur noyau identitaire de psychologie clinique et leur cœur de métier, l’entretien individuel. Un autre obstacle tient au fait qu’on n’a jamais fait le choix du collège unique, et que l’on oscille, depuis trente ans, entre deux modèles : l’école moyenne des pays nordiques, dans laquelle tous les élèves reçoivent la même formation jusqu’à 16 ans sans sélection ni orientation, et le collège à la française, perçu comme l’antichambre du lycée.

Faut-il revoir les missions des COP, qui, comme vous l’écrivez, jouent souvent le rôle de « catalyseurs de la difficulté de la nation à penser son service public d’orientation » ?
Les COP constituent une richesse mal connue. L’origine des critiques vient en partie du fait que l’institution ne leur a jamais vraiment donné de perspectives. Dernier exemple en date, le décret du 23 août 2011 qui modifie leurs statuts de 1991. Un texte de compromis, qui n’a rien changé. Faut-il réserver le recrutement des COP aux seuls psychologues ? Cette question s’est souvent posée, et tous les rapports sur le sujet ont répondu par la négative. Je pense qu’il faut diversifier leur recrutement. Peut-on être expert dans des domaines aussi variés que la psychologie, le rapport formation - emploi, le marché du travail ? Si les chefs d’établissement insistent souvent sur la nécessité d’avoir des psychologues dans leur équipe, la fonction d’orientation ne requiert pas toujours une qualité de psychologue. La meilleure hypothèse est, à mon sens, l’instauration d’un corps unique de COP composé de deux spécialités, celle des psychologues et celle des conseillers d’orientation.

Le service public d’orientation, instauré par la loi de 2009 sur l’orientation et la formation tout au long de la vie, est en train de voir le jour. Pourquoi a-t-il fallu attendre sept ans pour passer à une loi ?
La loi de 2009 vise l’amélioration de la qualité du service rendu. Cela passe par la mise en place d’un service dématérialisé - ligne téléphonique, site Internet - et par la labellisation des organismes d’orientation. Pourquoi cette attente ? Parce que, comme le disait un ancien délégué interministériel à l’orientation, Bernard Saint-Girons : « L’interministérialité, c’est comme la religion. Beaucoup ont la foi, mais il y a peu de pratiquants ! »