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Etablissements : les multiples figures de l’« autonomie »

Même si le concept d’autonomie des établissements scolaires se présente sous des abords positifs, il peut aussi être perçu avec méfiance par les professionnels de l’éducation, soumis à de fortes tensions. Pourtant, ses déclinaisons sont multiples


L’autonomie des établissements scolaires est une proposition qui se veut positive, laissant présager le surcroît d’efficacité attendu de la « confiance » et des « marges de manœuvre » accordées aux équipes de base dans une grande organisation. Le remède idéal, en somme, à la bureaucratie. Ce principe est-il objectivement validé par l’expérience  ? La plupart des experts de l’école l’affirment, et on peut en effet penser que le pouvoir des équipes sur leur propre travail est le mode d’organisation le plus compatible avec une société non autoritaire.
Mais, de ce fait, l’autonomie est aussi devenue un concept fourre-tout, recouvrant des interprétations diverses. Impossible, toutefois, d’en parler en ignorant ceux qui s’y opposent. Pour le courant incarné par Jean-Luc Mélenchon, c’est un concept s’inscrivant dans la « logique de marché » tendant à substituer progressivement une « mosaïque de situations locales » à l’« unité du cadre républicain ». Dans leur Manifeste pour l’école de la VIe République, Paul Vannier et Francis Daspe, responsables du Parti de gauche, présentent l’autonomie comme « le cheval de Troie de l’introduction de la gestion managériale des établissements scolaires ». Le SNES-FSU est plus modéré, mais se méfie beaucoup d’une autonomie qui serait surtout « celle du chef d’établissement » et creuserait les différences entre établissements.
Dans un tout autre univers idéologique, le Front national récuse lui aussi l’autonomie, vue comme un obstacle aux « mesures radicales » qu’il espère imposer. Du côté, ou plutôt des côtés de ceux qui en vantent les avantages, l’autonomie des établissements présente à la fois des différences de degré et de nature. Sous une forme « soft », elle peut porter sur les choix pédagogiques et se traduire par diverses formes de fonctionnement participatif ou collégial, incluant ou non la gestion totale des dotations horaires. Cela peut aller, comme l’envisageait dans certains cas le projet Juppé, jusqu’à l’élection des chefs d’établissement par leurs équipes. Cette autonomie-là est déjà à géométrie variable, mais n’est-ce pas précisément l’essence même du concept  ?
Une autonomie plus « dure » consisterait à confier aux chefs d’établissement, à l’image du chef d’entreprise, le recrutement de l’ensemble de « ses » personnels. C’est ce que semblait prôner le programme Fillon, dans la continuité des options du parti LR. Mais, à y regarder de près, les formulations restent prudentes, prenant le soin de ne pas présenter cette autonomie comme une généralisation ni comme un recrutement exclusif « sur profil ».
Une autre autonomie se démarque de l’indépendance. « Revendiquons des établissements autonomes, mais dans un service public qui reste une véritable institution d’Etat », écrivait ainsi Philippe Meirieu dans le chapitre éducation du programme de Benoît Hamon et Yannnick Jadot. En utilisant une formule habituelle chez lui, il proposait « de construire une école qui soit véritablement jacobine sur ses finalités et radicalement girondine sur ses modalités. A l’inverse , ajoutait-il, de ce qui se passe aujourd’hui, où l’Etat est jacobin sur les modalités dont il vérifie la minutieuse exécution par un contrôle technocratique, en étant totalement girondin sur les finalités, laissant les établissements, au sein même de l’enseignement public, choisir celles qui conviennent le mieux à leur clientèle  » . Cette proposition-là reste cependant disponible, comme les autres versions, pour qui aura bientôt à décider du sort du système éducatif. L. C.