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Faire entendre raison à qui n’a pas choisi la raison

Le titre du livre, constitué d’une reprise travaillée et complétée de tribunes parues au Café pédagogique, paraphrase celui de l’ouvrage publié en 1966 par le philosophe Adorno : « Eduquer après Auschwitz ». Il aurait pu aussi bien s’intituler « Eduquer contre les attentats » et tout ce qui peut les inspirer. Car Philippe Meirieu s’y confronte sans faux-fuyants à l’immense question du moment : « Comment faire entendre raison à celui qui n’a pas choisi la raison ? »
Les réponses sont multiples mais toujours incertaines. Conscient que le procès rituel en naïveté guette ceux qui, comme lui, se réclament de la pédagogie, l’auteur se garde d’édulcorer le défi : un des chapitres ouvre sur la relation d’une jeune enseignante remplaçante confrontée à une classe qui invoque Allah lorsqu’elle aborde Zeus. Après avoir inventorié en connaisseur critique ce qui pourrait contribuer à un « sursaut éducatif » liant pédagogie et démocratie, Meirieu souligne le rôle crucial mais négligé du symbolique et entrevoit dans la notion de « Terre-patrie », selon l’expression d’Edgar Morin, l’horizon d’un engagement de la jeunesse pour et vers le bien commun.
Chimère  ? Pour Gaston Bachelard, qu’il cite, « les véritables intérêts puissants (capables de pousser des humains à prendre le large) sont les intérêts chimériques ». Ceux que l’on rêve assez fort.

Eduquer après les attentats, Philippe Meirieu, ESF, 253 pages, 16 euros