François Hollande est candidat à la primaire du Parti socialiste (PS).
Vous vous engagez sur l’arrêt du non-remplacement d’un enseignant sur deux. Allez-vous plus loin qu’un simple moratoire ?
Dans un contexte difficile qui rend indispensable le retour progressif à l’équilibre des finances publiques, l’éducation sera pour moi la première des priorités. C’est pourquoi je proposerai d’entamer, en concertation avec les syndicats, un processus de création de postes d’enseignants. La bonne méthode, c’est la mise en place d’un plan pluriannuel de programmation des recrutements. L’organisation des concours à l’éducation nationale est un acte majeur pour une gestion harmonieuse des ressources humaines. Il faudra également reprendre la question de la formation des enseignants. Ce qui a été fait sur ce plan par le gouvernement relève du vandalisme d’Etat. Après les écoles normales et les IUFM, qui avaient certes leurs défauts, nous devrons mettre en place une formation professionnelle digne de ce nom.
Faut-il revenir sur le décret de 1950 et augmenter le temps de travail des enseignants ?
Qui peut croire qu’aujourd’hui un enseignant se contente de faire ses heures de cours hebdomadaires ? Le temps de préparation, la correction des copies, les conseils de classe, le conseil pédagogique, le conseil d’administration pour certains, l’accompagnement personnalisé pour d’autres, les rencontres avec les parents, sans oublier les heures supplémentaires, voilà la réalité du travail des enseignants. Mais les élèves ont changé, la demande sociale vis-à-vis de l’école aussi, et le métier a évolué. Aucune question ne doit être taboue, ni le temps de présence dans l’établissement, ni la prise en compte de la pénibilité de certains postes. Faire évoluer le décret de 1950, est-ce la bonne question ? Ne faut-il pas au préalable engager un vrai dialogue avec les enseignants, ainsi qu’avec tous les personnels de l’éducation, chefs d’établissement, inspecteurs, sur les conditions d’exercice du métier ? Tout le monde sait que le travail n’est pas le même dans un collège de Neuilly ou un lycée d’Aubervilliers. Personne n’ignore que, selon les disciplines ou les niveaux d’enseignement, la charge de travail diffère. Je souhaite aussi que les inspections des enseignants, indispensables dans l’évolution d’une carrière, tiennent compte de la réalité des missions accomplies. La question de la revalorisation n’est pas que matérielle. Elle est financière, professionnelle et sociétale.
Les chefs d’établissement doivent-ils disposer d’une plus grande autonomie ?
J’en veux beaucoup à la droite d’avoir galvaudé la belle idée d’autonomie. Avec elle, on a l’impression que cette notion se réduit à sa dimension administrative, financière, alors qu’elle doit être au cœur du projet d’établissement. C’est le pédagogique et l’éducatif qui doivent donner le tempo. Les chefs d’établissement sont avant tout des pédagogues. Le vrai débat, c’est la question de l’autonomie de l’établissement, via son conseil d’administration où se retrouvent l’ensemble des acteurs de la communauté éducative. Reste un point qui soulève débat, celui du recrutement de leurs enseignants. Je ne crois pas qu’il soit la priorité, quand on voit tout ce que l’on a à faire pour remettre de la cohérence dans le système.
Comment aller plus loin dans la mise en œuvre du socle commun ?
Comment transformer l’or en plomb ? Voilà l’exploit réalisé par le gouvernement. L’idée d’un socle commun de connaissances et de compétences, dont on retrouve la présence dans de nombreux pays bien notés dans le classement PISA, n’est pas pour me déplaire. Elle semble d’ailleurs presque évidente, et très républicaine. Mais absence de hiérarchisation, mise en place chaotique, improvisation, cafouillage entre les disciplines ont dévoyé le projet initial. Il faut retourner à la case départ, en mobilisant enseignants et corps d’inspection et en informant les familles et les élèves qui, pour la plupart, n’en ont même jamais entendu parler. Par ailleurs, il faut veiller à ce que cette belle idée ne soit pas le prétexte à revenir sur la grande idée républicaine d’une éducation intégrale. Jules Ferry parlait d’« éducation libérale ». Mais je vous rassure, ce mot n’avait pas le même sens qu’aujourd’hui : cela voulait dire que tous les élèves, quel que soit leur milieu d’origine, devaient avoir droit à une culture de qualité complète, qui ne néglige ni les arts, ni le sport, ni les humanités.
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