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Gérard Aschieri : « Face à la politique du ministère, le meilleur moyen de perdre c’est de ne rien faire »

Gérard Aschieri a été secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU) pendant neuf ans, de 2001 à janvier 2010.

Vous avez quitté vos fonctions à la tête de la FSU en janvier dernier. Quelles sont, pendant vos mandats, les actions syndicales que vous considérez comme des succès ?
Spontanément, il m’en vient trois à l’esprit : l’abandon du contrat première embauche (CPE) en 2003 à la suite des manifestations. Dans le cadre du transfert des personnels de l’éducation nationale du ministère aux collectivités territoriales, l’abandon de l’idée de placer sous l’autorité des régions ou des départements les assistantes sociales, les médecins et les conseillers d’orientation psychologues. Enfin, la mise au rebut des décrets modifiant le statut des enseignants du second degré à l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence constitue aussi un succès pour la FSU. Les très importantes manifestations de 2008 et de début 2009 restent de bons souvenirs. Nous avons obtenu le report des projets de formation des enseignants et de réforme du lycée, mais cela n’a été que temporaire.

Et au chapitre des regrets ?
Je regrette qu’on ait perdu sur les retraites en 2003, avec le passage de 37,5 à 40 annuités avec une décote. Nous n’avons pas réussi à nous opposer aux suppressions d’emplois. La bataille n’est pas gagnée. Nous continuons de la mener. Je regrette que l’unité syndicale avec le SGEN-CFDT et l’UNSA-éducation que, depuis 2002 nous arrivions à maintenir, apparaisse aujourd’hui plus difficile à mettre en œuvre. D’une façon plus générale, la FSU est apparue trop souvent comme une force qui dit non au détriment de ses propositions. Il aurait fallu davantage expliquer que le déficit budgétaire et l’endettement de l’Etat ne viennent pas d’un nombre excessif de fonctionnaires qu’il faut réduire mais de nombreuses baisses d’impôt et d’exonération de charges. La préservation du service public passe par une reconnaissance de la légitimité de l’impôt sur le revenu comme contribution de chacun à l’effort collectif. Nous n’avons pas pu développer comme il l’aurait fallu les batailles propositionnelles. Le chantier reste ouvert. Celui de la lutte contre les inégalités également. Le débat sur l’égalité des chances, le faux débat qui oppose pédagogues et républicains, empêchent de poser la question de l’égalité des droits, des inégalités territoriales et sociales, corrélées à l’assouplissement de la carte scolaire et à sa suppression annoncée qui va accentuer la ghettoïsation. Les grands chantiers de lutte ne manquent pas.

En neuf ans, vous avez connu de nombreux ministres de l’éducation nationale. Avez-vous des préférences ?
J’en ai connu six : Jack Lang, Luc Ferry, Gilles de Robien, François Fillon, Xavier Darcos, Luc Chatel. Le pire a sans aucun doute été Gilles de Robien. Il ne connaissait pas le sujet, ça ne l’intéressait pas. Il ne tenait d’ailleurs pas plus que cela à occuper le poste. Il s’est lancé dans une série de mesures, notamment en primaire, qui ont créé un climat de méfiance envers les enseignants. J’avais de bonnes relations personnelles avec Luc Ferry et Xavier Darcos. Quand Xavier Darcos a été nommé, surtout après le passage de Gilles de Robien, il a bénéficié d’un capital de sympathie. Son ministère a été une déception. Ses réformes, les nouveaux programmes du primaire, les suppressions de postes, lui ont attiré l’hostilité des professeurs.

Les manifestations de décembre contre la réforme de la formation des enseignants et celle de samedi 30 janvier ont peu mobilisé. Existe-t-il des explications ?
Très clairement, les modalités de formation de leurs futurs collègues ne constituent pas une priorité pour les enseignants en poste. Par contre, la future réforme des retraites peut constituer le déclencheur d’une grande mobilisation. A condition que l’on apporte à ce problème une autre solution que celle que l’on nous propose. Je reste d’un naturel assez optimiste : je crois à la capacité d’établir un rapport de force pour faire bouger les choses. L’histoire nous montre que c’est possible. La lutte sociale, c’est comme le loto. Au loto, tous les gagnants ont tenté leur chance. Face à la politique du ministère, le meilleur moyen de perdre, c’est de ne rien faire.