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Gérard Gaudron : « Il est urgent de revaloriser les médecins et les infirmiers scolaires »

Gérard Gaudron est député (UMP) de Seine-Saint-Denis.

Membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, vous avez rendu au ministre de l’éducation, le 2 novembre, un « avis » sur la médecine scolaire. Pourquoi ce sujet ?
Je suis corapporteur, avec le député Marc Bernier, du projet de loi de finances 2011 pour les programmes de la mission « enseignement scolaire ». En septembre dernier, nous nous sommes lancés dans une étude concernant l’une des actions du programme « vie de l’élève » : la médecine scolaire. A force de fréquenter les établissements scolaires de nos circonscriptions, nous nous sommes aperçus que la question de la santé scolaire était souvent posée et que la situation des infirmiers et médecins de l’éducation nationale était préoccupante, dans les zones très urbanisées (la Seine-Saint-Denis), comme dans les espaces ruraux (la Mayenne). Nous avons voulu mener un travail de terrain, au contact des élèves, des familles, des médecins, etc., pour comprendre le problème.

Il ressort de votre rapport que les missions des médecins et infirmiers scolaires prolifèrent. Comment l’expliquez-vous ?
Ces personnels accumulent les tâches de plus en plus, c’est évident. Car au delà des missions qui leur sont confiées - bilans de santé, suivi des élèves handicapés ou malades, dépistage des troubles à l’origine des difficultés d’apprentissage, éducation à la santé -, on constate une vraie attente de la part des parents et des élèves. Dans certaines familles démunies, l’enfant ne consulte un médecin que dans le cadre scolaire. Plus généralement, les adolescents ont tendance à se confier davantage au médecin scolaire, barrière plus étanche que le médecin de famille vis-à-vis des parents. Nous avons voulu alerter le gouvernement sur le rôle irremplaçable de ces personnels qui sont les mieux placés pour détecter les troubles d’apprentissage, et qui contribuent ainsi à la lutte contre l’échec scolaire.

La médecine scolaire est-elle sous-dotée ?
Visiblement. J’ai découvert que les médecins scolaires sont les moins bien payés de toute la profession. Ils débutent leur carrière avec un salaire d’environ 1 700 euros par mois. Par comparaison, les 80 médecins de prévention recrutés cette année par l’éducation nationale pour accompagner les enseignants débutent à 4 000 euros, soit plus du double de la rémunération d’un médecin scolaire de première classe en fin de grade ! Cette sous-rémunération met en route une chaîne infernale. Beaucoup de médecins préfèrent quitter l’éducation nationale. Il en résulte une pénurie de personnels : 150 postes de médecins scolaires sont vacants, et sur les 37 postes ouverts au concours 2010, seuls 25 médecins reçus ont pris leurs fonctions. Les postes d’infirmiers aussi sont peu attractifs (seuls 7 postes en moyenne ont été pourvus pour 10 emplois offerts entre 2001 et 2009). Il est urgent de les revaloriser.

Ces personnels, d’abord rattachés au ministère de la santé, ont été placés sous la tutelle de l’éducation nationale en 1985 pour les infirmiers et en 1991 pour les médecins. Faut-il revenir en arrière ?
Il semble que personne n’y tienne. Les infirmiers et les médecins scolaires sont plus en contact avec le monde de l’éducation qu’avec celui de la santé. Ils sont d’ailleurs demandeurs d’une sensibilisation à la santé scolaire dans le cadre de la formation initiale et continue des enseignants et des personnels de direction, ce qui leur permettrait de travailler davantage avec eux. D’autres scénarios sont envisageables, comme le transfert de la santé scolaire aux collectivités territoriales. La proximité est toujours un gage d’efficacité et de qualité du service rendu. Dans le cas de la médecine scolaire, elle permettrait d’affiner le ratio nombre d’élèves/nombre de médecins et d’infirmiers.

Le ministre de l’éducation devrait présenter prochainement son « plan santé ». En connaissez-vous les grandes lignes ?
Tout ce que je peux dire, c’est que le ministre s’est montré attentif à nos recommandations. Les crédits consacrés à la médecine scolaire ont augmenté de 7 millions d’euros en 2011. Cela va dans le bon sens, et montre que l’on a pris conscience du problème.