Gilles Baillat est président de la Conférence des directeurs d’IUFM.
Les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) existent-ils encore, et sous quelle forme ?
Il y a deux types de réponses possibles. Au niveau le plus pragmatique qui soit, les 32 IUFM existent toujours. Les nominations de leurs directeurs continuent de paraître au Bulletin officiel. Leurs sites sont toujours en activité. Rien n’indique une possible fin du fonctionnement des IUFM. Et jamais un président de la Conférence des directeurs d’IUFM n’a eu autant de contacts avec les ministères concernés. L’autre réponse possible ne dément pas la première, mais souligne que, à partir de septembre prochain, en application de la réforme, nos instituts n’accueilleront plus d’élèves professeurs, mais seulement des étudiants, comme n’importe quelle composante universitaire. Un groupe de travail mixte, composé de présidents d’université et de directeurs d’IUFM, réfléchit sur le devenir de nos instituts à moyen terme. Une des hypothèses en discussion serait leur transformation en « écoles supérieures des métiers de l’éducation, de la formation et de la médiation », ces métiers étant aujourd’hui sous-représentés dans l’offre de formation de nos universités. Comme l’a souligné Simone Bonnafous, présidente de l’université Paris-Est-Créteil, « les universités n’ont pas intégré les IUFM pour les faire disparaître, mais pour les transformer ».
Quelles ont été les évolutions de cette réforme depuis la rentrée 2009 ?
Les groupes de travail réunis par les ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur à partir du 4 septembre ont rendu fin octobre leurs conclusions, dont il est ressorti des propositions présentées courant novembre aux syndicats par le gouvernement. Ces propositions ont provoqué une grande déception, marquée par l’organisation, le 7 décembre, d’une journée nationale des IUFM sur le thème « Enseigner est un métier qui s’apprend ». Cette initiative a suscité une forte implication des étudiants et rencontré un réel écho dans les médias. La circulaire du 23 décembre sur le cadrage des masters a été accompagnée, le 28 décembre, d’une série de circulaires sur les nouveaux concours organisés à partir de 2011. L’administration demande aux universités de lui faire « remonter » leurs maquettes de masters d’ici à avril 2010, afin de les valider en juin et d’ouvrir les diplômes en septembre. Depuis la fin décembre, tous les éléments réglementaires sont donc réunis concernant cette réforme. Cependant, deux énormes problèmes demeurent, qui étaient déjà présents dans les décrets parus en juillet. D’abord, contrairement à la demande unanime qui lui était faite, le ministère de l’éducation nationale a refusé que les stages, notamment en responsabilité, soient obligatoires pour les étudiants. Résultat : il reste possible qu’à l’avenir un nouvel enseignant n’ait jamais vu un élève avant de prendre en main une classe... L’autre grand problème est la date des épreuves d’admissibilité aux concours avec le choix, incompréhensible, de les mettre en deuxième année de master (M2). Les étudiants vont d’abord devoir passer leur admissibilité, en septembre pour les professeurs d’école, en novembre pour ceux des lycées et collèges. Ils devront ensuite se consacrer à leur master, tout en préparant les épreuves d’admission au concours, sans oublier de réfléchir, en cas d’échec, à leur éventuelle réorientation. La barque est incroyablement chargée ! De nombreux étudiants risquent de privilégier la préparation aux épreuves d’admission (en mai-juin) au détriment des stages, facultatifs et réclamant un lourd investissement personnel.
Au total, cette réforme est-elle viable ?
Grande question ! La réforme risque d’entraîner une série d’effets pervers. En premier lieu, une probable perte de professionnalisation pour une partie des enseignants recrutés. L’équilibre sera difficile à trouver entre les futurs masters préparant à l’enseignement et les masters recherche, qui pourraient perdre une partie de leurs étudiants. Un autre problème est l’avenir de l’agrégation, qui se trouve mal positionnée dans le nouvel édifice. Et quels que soient les efforts d’adaptation envisageables, l’admissibilité en M2 va rester un problème majeur, car elle ne permet pas de gérer convenablement la réorientation des étudiants.
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