Henri Lachmann est président du conseil de surveillance de Schneider Electric.
En 2005, le gouvernement vous a chargé d’une mission de valorisation de l’apprentissage. Pourquoi cette problématique vous tient-elle à cœur ?
J’ai cru au système de l’apprentissage dès les années 1980, quand j’étais à la direction de l’entreprise Strafor, à Strasbourg, en prenant exemple sur le modèle allemand, où la formation professionnelle est très établie depuis longtemps. Il me semble que le système de l’alternance répond à trois enjeux majeurs : d’une part, il permet de redonner aux métiers leurs lettres de noblesse. En France, on raisonne trop en termes de diplômes et de « bac + », pas assez en termes de métiers. D’autre part, l’alternance est une réponse au chômage des jeunes. Il est intolérable que chaque année, dans notre pays, 150 000 jeunes quittent le système scolaire, le plus souvent en fin de 3e, sans diplôme ni
qualification. Enfin, il faut considérer que l’école n’est pas le seul lieu d’apprentissage des jeunes : on peut très bien se former en apprenant un
métier, un savoir-être et un savoir-faire, dans une entreprise.
En 2005, l’objectif fixé par le gouvernement était d’atteindre 500 000 apprentis en 2009... Ils sont aujourd’hui moins de 400 000. Avec la crise, cet objectif est-il tenable en 2010 ?
Il est évident que la crise a un effet très négatif sur l’apprentissage. Quand on coupe les dépenses, on coupe aussi celles liées à l’apprentissage, qui sont lourdes dans le budget. Le problème majeur, outre le frein culturel, c’est que les entreprises n’ont toujours pas conscience du fait que l’apprentissage n’est pas une forme de pré-embauche, mais un mode de formation sous contrat de travail, rémunéré et qualifiant. Schneider Electric ne garde par exemple que 15 % de ses apprentis chaque année. Les entreprises n’ont pas non plus conscience de l’intérêt de prendre un apprenti. Elles ne peuvent pas se développer dans un environnement malade, avec cette horde de jeunes sans qualification et sans emploi. Les objectifs fixés par le gouvernement ne seront pas atteints tant que les entreprises, en particulier les grandes, n’évolueront pas dans ce sens.
A défaut des entreprises, le député UMP Laurent Hénart propose de développer l’apprentissage dans le secteur public. Que pensez-vous de cette proposition ?
J’y suis totalement favorable. Il n’y a aucune raison pour que le secteur public n’accompagne pas les jeunes sur la voie de la qualification professionnelle. Le développement de l’apprentissage n’a, par ailleurs, rien à voir avec la réduction des effectifs dans l’administration : on peut supprimer des postes et embaucher des apprentis. Car je le répète : l’apprentissage, ce n’est pas de la pré-embauche, c’est de la formation ! On devrait aussi autoriser les associations à embaucher des apprentis. L’association que je préside, Télémaque, associe les entreprises au développement des jeunes issus de milieux défavorisés ayant un potentiel de réussite. C’est un bel outil d’intégration !
Que préconisez-vous pour rendre cette voie plus attractive ?
Il appartient au gouvernement d’en faire la promotion. Il est nécessaire d’informer, d’orienter, de sensibiliser à cette autre forme d’enseignement et ses exemples de réussite. L’Etat devrait également trouver des moyens d’incitation pour les entreprises, notamment les grandes, qui ont une plus forte capacité de formation et d’encadrement. Pourquoi ne pas fixer des quotas ou mettre en place des aides publiques pour favoriser l’apprentissage dans les entreprises ? Après tout, elles font de la formation à la place de l’éducation nationale : il serait juste d’alléger leurs coûts ! Il faudrait aussi donner aux entreprises plus de flexibilité en matière d’organisation du temps, en fonction de la situation géographique ou du métier. Dans certains milieux, un rythme trimestriel s’impose, plutôt que le rythme hebdomadaire. Enfin, il faut revoir le dispositif de financement de l’apprentissage. Sur environ 1,5 milliard de taxe d’apprentissage, seul le tiers sert effectivement et directement à l’apprentissage. Le reste est détourné au profit des universités et des grandes écoles, en toute légalité.
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