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Isabelle Magnard : « Les nouveaux manuels scolaires de 2de seront tous prêts à la rentrée 2010 »

Isabelle Magnard préside l’association Savoir Livre, qui réunit Belin, Bordas, Hachette, Hatier, Magnard et Nathan.

Les nouveaux manuels scolaires de 2de, liés à la réforme des programmes du lycée, seront-ils prêts à la rentrée de septembre ?
Ils seront prêts. Les éditeurs en ont pris l’engagement auprès du ministre de l’éducation nationale. Le bruit a couru que les manuels d’histoire seraient absents en raison d’une réforme menée au pas de charge [déclaration, le 8 mai, de la présidente de l’Association des professeurs d’histoire et géographie]. Cela n’est pas exact. Les manuels de langues et de mathématiques sont déjà prêts. Ceux de physique et chimie, histoire, géographie, sciences et vie de la Terre, sciences économique et sociale, principes fondamentaux d’économie et de gestion, seront disponibles pour le choix des enseignants entre juin et fin août, et pour les élèves en septembre. Si tous les tirages ne peuvent pas être livrés dès la rentrée, les manuels seront au moins disponibles en version numérisée, voire numérique interactive. Les manuels papier seront tous dans les mains des élèves en octobre.

Le plan numérique pour l’école de Luc Chatel, en prolongement du rapport Fourgous, est attendu dans les prochaines semaines. Qu’en attendez-vous ?
Nous attendons des mesures concrètes. Il faut proposer aux établissements des crédits spécifiques pour l’acquisition de manuels numériques. Il convient d’unifier les taux de TVA. Il n’est pas admissible d’appliquer un taux de 19,60 % aux manuels numériques contre 5,5 % à la version papier quand on veut développer l’usage des nouvelles technologies ! Il faudrait aussi clarifier les domaines respectifs de l’Etat et des collectivités territoriales, redéfinir les attributions de chacun et veiller par exemple à juguler les inégalités territoriales : pour l’achat de manuels et de ressources pédagogiques, les crédits alloués par les communes (au primaire) et par les régions (au lycée) sont extrêmement variables... Il faut également réfléchir au problème de la production de ressources par les organismes publics. Il est légitime que le Scéren, le CNED ou France Télévisions produisent des documents pédagogiques, mais ils doivent respecter les règles de la concurrence.

Les éditeurs scolaires sont-ils prêts à proposer l’ensemble des manuels numériques en 2012, comme le préconise le rapport Fourgous ? Ou cela vous paraît-il hâtif ?
Nous y sommes prêts. Les manuels que nous publions depuis 2009 existent en double version, papier et numérique. Une impulsion du ministère comme l’expérimentation Manuels numériques via l’ENT en 6e a incité les classes de 6e de 65 collèges à s’équiper en manuels numériques. Mais les résultats ne sont pas encore au rendez-vous : la moitié de nos ventes de manuels numériques concerne ces 65 établissements. Sur 7 000 collèges ! Certains expliquent cette relative indifférence en prétendant que nos ressources ne sont pas adaptées aux besoins des enseignants, qu’elles n’exploitent pas toutes les possibilités du multimédia. La critique me paraît infondée. Les éditeurs scolaires doivent fournir aux enseignants des ressources qu’ils maîtrisent. Ils doivent les accompagner, pas les précéder.

Que pensez-vous du lancement par la société Lelivrescolaire.fr d’un manuel en ligne gratuit financé par sa version papier payante ?
Le site mutualiste d’enseignants Sesamath le fait depuis quelques années avec les manuels de mathématiques de collège. Ce n’est pas anodin : il occupe 15 % du marché et nous le tenons pour un éditeur scolaire à part entière. Lelivrescolaire.fr est une société privée. A la différence de Sésamath où ils sont bénévoles, elle veut rémunérer ses auteurs et a vocation à couvrir toutes les disciplines. Elle commence par éditer un manuel d’histoire et un manuel de français. Cela suppose un investissement onéreux en achat des droits pour les documents, particulièrement en histoire et géographie. De plus, la version numérique est réalisée sous licence libre pour permettre aux enseignants d’adapter le manuel à leur cours. Ce n’est pas compatible avec la protection des droits des documents qui ne permet qu’un usage spécifique. J’attends leur développement avec curiosité et intérêt !