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Jacques Moret :« Mon travail est de restaurer la confiance entre l’Etat et l’INRP »

Jacques Moret a été nommé directeur de l’Institut national de recherche pédagogique, INRP, en septembre 2009.

Quel regard portez-vous sur l’INRP après quatre mois passés à sa tête ?
L’établissement est très ancien, puisque, créé en 1879 sous le nom de Musée de l’éducation, il marque la prise de conscience de l’importance de l’éducation par la République. Avec ses trois missions de recherche, d’appui des politiques publiques d’éducation et de soutien aux activités pédagogiques des enseignants, il a aujourd’hui un problème d’image : on ne sait plus exactement où il se situe sur la scène de l’éducation nationale. Je dirais que c’est son seul problème. Les bruits couraient que les gens ne travaillaient pas, que l’institut était à terre sur le plan de la recherche. Je puis attester que tout cela est faux.

Quels vont être les axes de votre politique de développement ?
Ils découlent de la lettre de mission que j’ai reçue des deux ministres, Valérie Pécresse et Luc Chatel. Les trois missions que j’ai mentionnées plus haut restent d’actualité. Dans le domaine de la recherche, l’INRP a cet avantage sur l’université de bénéficier, à côté de ses 117 enseignants chercheurs, de 1 000 correspondants enseignants, répartis un peu partout en France. Nos recherches partent des préoccupations du terrain et sont donc bien placées pour éclairer les politiques publiques. Parmi nos domaines d’excellence, l’éducation prioritaire, les nouvelles technologies, la carte scolaire, l’internat, le plurilinguisme à l’école et les sujets controversés en histoire contemporaine. Nous avons également une expertise reconnue en matière d’enseignement des sciences. Des relations de méfiance s’étaient installées entre l’Etat et l’INRP, identifié comme porteur d’un discours scientifico-politique issu des courants pédagogiques de 1968. Mon travail est de rétablir la confiance et de veiller à l’indépendance de la recherche. Vis-à-vis des enseignants, je veillerai également à ce que les résultats de la recherche soient accessibles aux enseignants pour une exploitation en classe.

Quelles sont les nouvelles pistes que vous allez exploiter ?
La lettre de mission insiste sur le développement à l’international. Nous l’avons commencé. Un chercheur de l’INRP est détaché à l’université Sherbrooke au Québec pour étudier les usages des serious games dans les établissements scolaires d’Amérique du Nord. Nous allons également nouer des partenariats avec les structures équivalentes à l’INRP en Allemagne, en Suisse. Au-delà des collaborations de chercheur à chercheur, je tiens à institutionnaliser les partenariats. Je veux également dynamiser le Musée national de l’éducation de Rouen. A l’origine de l’INRP, il n’a pas su se renouveler. Mon idée est d’en faire un vrai musée scientifique. J’en viens, je sais ce que c’est. [NDLR : Jacques Moret a été, entre autres, administrateur du Museum national d’histoire naturelle de 2006 à 2009.] Le projet est de s’appuyer sur le numérique pour en faire une vitrine nationale et internationale.

L’INRP est membre associé du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) lyonnais. Quel intérêt peut y trouver un organisme qui pèse beaucoup moins que les autres membres ?
Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation. Quantitativement, au niveau des effectifs et de la superficie des locaux, elle est peut-être justifiée. Pas dans la pratique. Je rappelle les avantages que nous avons sur une université avec nos 1 000 enseignants partenaires qui nous assurent le maillage du territoire. Nous avons également trois laboratoires associés à Marseille, Cachan et Paris. J’attends beaucoup de notre participation. Le PRES de Lyon est sans doute en France celui qui marche le mieux. En tout cas mieux que ceux de Paris qui s’engluent dans les luttes intestines entre universités. L’INRP a un beau partenariat à développer en matière de recherche pédagogique avec la nouvelle Ecole normale supérieure issue des deux ENS de lettres et sciences humaines et de sciences exactes. J’aimerais que soit affectée une partie de la dotation du grand emprunt à la mise en place d’une grande infrastructure documentaire qui ferait la synthèse sur la recherche en pédagogie. Un tel lieu serait unique en France et nous donnerait une place de leader en Europe.