Jean-Paul Denanot est président de la région Limousin, et ex-professeur de physique dans l’enseignement secondaire.
Quelle est votre appréciation de l’exercice de la compétence partagée sur les lycées entre les régions et l’Etat ?
Nous sommes confrontés à une énorme difficulté liée à la suppression de postes. La région Limousin a perdu 110 postes cette année, auxquels on doit ajouter les 95 stagiaires que nous perdons en raison de la réforme de la formation des maîtres. Cette ponction s’ajoute aux 80 postes supprimés l’année dernière, après les 70 de l’année précédente. En relation avec ces suppressions, nous nous heurtons à la suppression de filières, alors même qu’elles ont des élèves, des résultats et des débouchés. C’est le cas au lycée professionnel de Neuvic d’Ussel (Corrèze), avec la disparition du cursus « réparation de machines agricoles ». Il n’est pas possible de fonctionner comme cela. Nous demandons la mise en place d’une authentique concertation qui permette une vision à trois ans et non une mauvaise surprise à chaque rentrée. Nous ne voulons plus être placés devant le fait accompli.
La formation est une compétence que vous partagez avec l’Etat. Etes-vous satisfait de la mise en place des filières du cursus bac pro et de celles de l’apprentissage ?
Là encore, nous sommes plutôt chagrins, même s’il nous arrive d’être écoutés. J’avais demandé la mise en place d’une formation de lissier pour créer une filière « tapisserie » au lycée professionnel d’Aubusson (Creuse). Il a fallu du temps, mais cela va finir par se faire. Il s’agit plutôt d’une exception. Nous avons doté le BTS informatique du lycée Edmond-Perrier à Tulle (Corrèze) d’un équipement coûteux. Cette année, l’éducation nationale le supprime ! Madame le recteur ne comprend pas que supprimer une filière en milieu rural est beaucoup plus pénalisant pour les jeunes et leurs parents qu’en milieu urbain. Pour retrouver la filière de son choix, le jeune doit parcourir une distance importante, voire trouver un logement. Tout cela engendre des coûts pour les familles. Le conseil régional considère que chaque jeune doit pouvoir aller jusqu’au baccalauréat dans son bassin géographique. Pour cette raison, nous maintenons des lycées en activité, parfois contre la logique économique. Le ministère de l’éducation nationale se refuse à comprendre que le lycée est un élément structurant du monde rural.
Quelle réponse apportez-vous face à ces suppressions de postes ?
Aujourd’hui, quand l’Etat ferme des filières bac pro ou des filières d’apprentissage pour de strictes raisons comptables, l’éducation nationale nous dit : « Vous n’avez qu’à créer des centres de formation d’apprentis ! » C’est un transfert de charges qui ne dit pas son nom. A la région de compenser les absences de financement de l’Etat. En plus, l’Etat fait le procès aux régions d’être dépensières ! C’est du mépris pur et simple. La situation est grave : en supprimant des moyens de formation en direction de la jeunesse, c’est le devenir de la France que l’on met en péril.
Par leur compétence sur l’aménagement du territoire, depuis quelques années, certaines régions revendiquent un rôle plus actif dans le processus d’orientation. Est-ce le cas du Limousin ?
Oui, bien sûr. Et d’autant plus que l’orientation constitue un maillon faible en France. Dans l’enseignement scolaire, on ne compte qu’un conseiller d’orientation-psychologue pour 1 400 élèves, il leur est impossible de travailler sérieusement. Entre établissements scolaires, centres d’information et d’orientation, missions locales... les divers intervenants travaillent de façon fragmentée. Il faut un pilote dans l’avion. Ce pilote, la région est prête à l’incarner. Ce rôle nous était reconnu par l’article 11 du projet de loi sur la décentralisation de 2004. Avant son adoption, la majorité des régions a basculé à gauche et, sur ordre, le Sénat a supprimé cet article ! Mais qui mieux que les régions connaît le tissu économique local ? 80 % des gens font carrière dans leur région d’origine. La mobilité, on en parle, mais quand on a sa maison et sa famille, c’est une autre paire de manches. La mobilité professionnelle, elle, reste importante. La région peut la faciliter si elle contrôle la chaîne orientation/formation/emploi comme elle a vocation à le faire.
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