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Jean-Paul Pollin : « Les pôles de recherche et d’enseignement supérieur sont une aberration »

Jean-Paul Pollin est professeur d’économie à l’université d’Orléans et membre du Cercle des économistes.

Vous venez de diriger pour le Cercle des économistes l’ouvrage collectif Université, nouvelle donne (PUF). Cet essai prend position sur les différences nécessaires entre universités. Pourquoi ?
J’ai tendance à dire que c’est une évidence : 85 universités ne peuvent être semblables ni remplir les mêmes fonctions. Mon université, celle d’Orléans, a tout intérêt à se spécialiser pour ne pas disparaître. A l’inverse, celle de Strasbourg atteint une taille suffisamment grande pour jouer la pluridisciplinarité. Ces stratégies différentes supposent que les universités soient autonomes. De ce point de vue, il y a des apports très positifs dans la loi relative aux libertés et aux responsabilités à l’université (LRU). Cela fait vingt ans que nombre d’enseignants-chercheurs et de présidents d’université demandent plus de marge de manoeuvre dans leurs stratégies. Ce n’est pas parce qu’il y a actuellement des accrochages sur le statut des enseignants-chercheurs qu’il faut abandonner cette idée. Cette autonomie doit évidemment comporter des garde-fous. La mise en place de processus d’évaluation en est un. La validation nationale des cursus et des diplômes en est un autre.

Vous regrettez que des préoccupations d’aménagement du territoire aient conduit à créer de petites universités, la critique est attendue. De façon plus surprenante, vous avez des mots très durs pour la constitution des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES).
Effectivement, ces associations régionales d’universités voulues par le ministère de l’enseignement et de la recherche nous paraissent une aberration. On sait bien quelles raisons ont présidé à leur création. Il s’agit de gagner des places au classement de Shanghaï et mécaniquement ce sera le cas : en rapprochant les universités, on additionne sous le même label tous les articles et publications de ces établissements. Pourquoi ne pas pousser la logique et créer une seule Université de France ? A coup sûr, nous occuperons la première place. On voit l’absurde de cette démarche.

Le ministère parle, à propos de la constitution des PRES, de visibilité, de synergie, de mutualisation.
Je dirais plutôt qu’on crée des mastodontes complexes avec des synergies difficiles à mettre en place. La mutualisation est possible, voire souhaitable, pour des laboratoires qui nécessitent des matériels lourds et coûteux. Quid de l’intérêt scientifique et pédagogique ? Quel intérêt y a-t-il à marier des laboratoires d’un même territoire ? A Orléans, nous nous sommes mis en réseau avec Rennes, Lyon, Aix et Limoges, quoique membres du PRES Orléans-Tours. Les universités cherchent toutes à tisser des relations à l’international, pas avec leurs voisins de palier. Pour les étudiants, c’est similaire : c’est la mobilité internationale qui est recherchée, pas régionale. Quant à instaurer des masters communs Orléans-Tours, il suffit de dire qu’un étudiant d’Orléans ou de Tours trouve plus facile de se rendre à Paris plutôt que dans l’autre ville de son PRES. Toujours dans un souci d’autonomie, il faut laisser les universités libres de tisser leurs partenariats plutôt que de le leur imposer comme aujourd’hui, avec des pressions ouvertes du ministère sur l’attribution des bourses et des allocations de recherche.

Votre livre propose un partage des rôles dans l’enseignement supérieur appuyé sur la taille des universités.
Trois modèles d’universités sont possibles. Les universités, ou les pôles, aux laboratoires reconnus et aux activités de recherche dans un large ensemble de disciplines, correspondent aux grandes universités. Assimilables aux universités moyennes, les universités spécialisées dans un nombre de champs plus restreints mais avec une reconnaissance suffisante pour être attractives sur le plan international. Enfin, les universités, ou centres universitaires, attirant difficilement les bons enseignants-chercheurs et donc aux activités de recherche limitées. Ces universités, sans doute petites et au recrutement local, délivreraient des diplômes de premier cycle et peut-être des masters professionnels sur des créneaux ciblés. Leur rôle serait semblable à celui des colleges aux Etats-Unis.