| Oublié ?

La Lettre

Le point avec...

Jean-Pierre Lacoste : « La performance est devenue la préoccupation première des académies »

Jean-Pierre Lacoste est inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR).

Le mode de gestion institué par la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), fondé sur la fixation d’objectifs et l’évaluation des résultats, s’applique au système éducatif depuis le 1er janvier 2006. En cinq ans, qu’a-t-il concrètement changé ?
La plupart des académies ont constitué des équipes de gestion performantes, capables d’établir de solides prévisions et d’exécuter les budgets opérationnels. Face aux budgets qui leur sont confiés et à leurs marges de manœuvre, les recteurs ont pris conscience de leurs responsabilités. Ils ont à rendre compte de ce qui est dépensé et de ce à quoi la dépense a servi. L’attention aux performances est devenue leur préoccupation première. L’administration centrale est en train de passer d’un rôle de gestion à un rôle de pilotage. Mais les relations entre académies et administration centrale ne sont pas encore conformes à l’esprit de la loi. En effet, la responsabilité des recteurs ne peut pleinement s’exercer que si un vrai dialogue de gestion existe entre eux et l’administration centrale. Un recteur devrait pouvoir proposer sa répartition des moyens en fonction des particularités de son académie. Ce n’est pas le cas. Enfin, la démarche qui sous-tend la LOLF, bien que la loi ne concerne pas directement les établissements, s’est étendue à leur niveau. Cela s’est traduit par un accroissement sensible de leur autonomie. Tous les agents ont vu leur charge de travail s’accroître, ne serait-ce que pour mettre en place les dispositifs de gestion imposés par la LOLF. Et aussi parce que les pratiques en matière d’exécution budgétaire se révèlent plus complexes qu’avant, alors même que la LOLF aurait dû conduire à des simplifications.

Le terme « performance » a soulevé de nombreuses réticences. Un changement de culture s’est-il opéré ?
Le mot « performance » a été mal perçu d’emblée, surtout par le corps enseignant, sans doute parce qu’il appartient au vocabulaire de l’entreprise et semble porter à sa suite le concept de rentabilité. La mesure de la performance, c’est en fait l’évaluation de la réussite du système éducatif. Au niveau des responsables académiques, le changement de culture est acquis. Il l’est aussi pour la plupart des personnels de direction des établissements. Et l’on constate que la démarche n’est plus taboue au sein des conseils pédagogiques et d’administration.

Faut-il aller plus loin en introduisant, par exemple, une rémunération au mérite pour les enseignants ?
La rémunération au mérite n’est ni le problème ni la solution. Ce qui est en fait posé ici est la question de l’évaluation des enseignants. Chacun, à commencer par les intéressés, considère que l’actuel système de notation et de promotion est devenu obsolète et, pour tout dire, injuste. Les esprits sont donc mûrs pour aborder d’une façon nouvelle ce dossier. Il faudra sans doute aller vers des évaluations croisées entre les corps d’inspection, les chefs d’établissement et les enseignants eux-mêmes, ainsi que vers une mixité d’évaluations collectives et individuelles. C’est seulement ensuite que l’on pourra parler de prise en compte, dans les carrières et les rémunérations, de la façon dont l’enseignant œuvre pour ses élèves. Les réticences tomberont si le système d’évaluation est perçu comme juste.

Observez-vous une recentralisation des décisions ?
Dans une France très marquée par la culture du centralisme, il n’est pas évident de faire confiance et de donner des responsabilités aux acteurs de terrain. Notons que c’est le ministère de l’éducation nationale qui, parmi tous les ministères, est allé le plus vite et le plus loin. Cela dit, les administrations centrales ont mis en place, sans doute par précaution, des dispositifs peu conformes à l’esprit de la LOLF. C’est par exemple la multiplication de « sous-actions » dans le budget, l’estimation parfois volontairement partielle du montant des budgets confiés aux académies... Certains recteurs ont eu l’impression que l’administration centrale reprenait d’une main ce que le Parlement avait donné d’une autre. Il n’empêche, c’est sur leur territoire éducatif que se passe l’essentiel des choses, non pas rue de Grenelle ou quai de Bercy.