Josette Théophile est directrice des ressources humaines au ministère de l’éducation nationale.
Depuis octobre 2009, vous êtes directrice des ressources humaines du ministère de l’éducation nationale. Quel est votre projet ?
J’ai été recrutée dans le but d’aller au-delà de la seule gestion des flux, de promouvoir une gestion plus personnalisée des enseignants, qui s’attache à la formation, l’appréciation et la mobilité professionnelles. Le ministre m’a également demandé de mettre en place une politique de prévention et de santé au travail. Ce sont les chantiers qualitatifs qui, avec la revalorisation financière, constituent le nouveau « pacte de carrière », et pour lesquels des discussions avec les partenaires sociaux sont en cours.
Vous avez été DRH de la RATP pendant près de vingt ans. Gère-t-on les ressources humaines de l’éducation nationale comme celles d’une entreprise publique ?
L’échelle est radicalement différente. La RATP compte 45 000 personnels, l’éducation nationale, plus d’un million ! Au-delà du quantitatif, la complexité et la charge émotionnelle sont supérieures, puisqu’il s’agit de nos enfants ! De plus, nos décisions, quelles qu’elles soient, comportent toujours un impact politique. Par exemple, nous ne faisons pas de « campagne de recrutement » par petites annonces : nos recrutements, ce sont les concours d’enseignement, qui ont plus de résonance. J’en profite pour préciser qu’il n’est pas question de minorer leur rôle dans le recrutement.
La revalorisation financière concerne les jeunes professeurs. Les salaires des cadres feront-ils également l’objet d’une revalorisation ?
L’encadrement a son propre processus de revalorisation. Dans le cadre de l’évolution de la fonction publique, une prime de fonctions et de résultats a été mise en place pour l’encadrement administratif. Des discussions sont engagées pour étendre ce dispositif à l’ensemble des 20 000 cadres de l’éducation. Nous avons également engagé cette année un processus de rénovation et de généralisation des lettres de mission/évaluation/entretien professionnel.En 2002, les lettres de mission ont été introduites pour les chefs d’établissement et, en 2004, pour les inspecteurs. C’est l’équivalent d’un contrat d’objectifs. Mon projet sur l’encadrement porte moins sur la dimension financière que sur la responsabilisation. On attend de plus en plus de l’encadrement, notamment la capacité à conduire une équipe et à manager le projet éducatif de leur établissement. Ces compétences doivent être encore mieux prises en compte dans nos processus de sélection.
Accorderez-vous plus d’autonomie aux chefs d’établissement en matière de gestion des
personnels ?
Il est ressorti des Etats généraux de la sécurité à l’école que la cohésion d’une équipe était le point fort pour la réussite des élèves et la sérénité de l’établissement. Dans le cadre du nouveau programme Clair [Collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite], nous sélectionnerons, pour la rentrée 2010, une centaine d’établissements concentrant le plus de difficultés, et nous leur donnerons plus de latitude sur la gestion des ressources humaines. Ces marges de manœuvre en matière de ressources humaines existent d’ailleurs déjà pour les postes à profil spécifique. Dans le cadre de Clair, ce sont la capacité à travailler en équipe et la motivation qui font la spécificité des profils. Le choix se fera sous l’autorité du chef d’établissement. En bon manager, il s’appuiera sur son équipe !
Ces postes à profil seront-ils indemnisés ?
C’est déjà le cas de l’éducation prioritaire. Je ne sous-estime pas les questions de rémunération, mais le fait de transformer tout geste professionnel en prime peut aboutir au final à un manque de considération.
Vous avez hérité de la réforme de la formation des enseignants. Celle-ci est très controversée. Comprenez-vous les craintes qu’elle provoque ?
J’ai vite compris que la mise en place de la mastérisation serait délicate. L’éducation nationale est une horlogerie sophistiquée qui sera forcément perturbée par un changement d’une telle ampleur. Mais, avec le recul, on s’apercevra que cette réforme aura des incidences positives, peut-être pas d’ailleurs celles que les auteurs avaient envisagées. D’une part, l’éducation nationale reprend la main sur les compétences qu’elle attend de ses professeurs. D’autre part, il ne faut pas sous-estimer l’apport de l’accompagnement des débutants par leurs aînés qui, outre d’éventuels ajustements de la réforme, va permettre une meilleure intégration des futurs enseignants.
Pouvez-vous confirmer la rumeur selon laquelle il y aura plusieurs milliers de professeurs en surnombre dans le premier degré à la rentrée 2010 ?
Il y aura en effet des enseignants en surnombre dans le premier degré en septembre prochain. Les nouveaux arrivants seront toutefois affectés dans des classes de professeurs expérimentés, comme le prévoit la réforme de la formation des maîtres.
Les étudiants en deuxième année de master feront-ils partie du vivier de remplacement des académies ?
Il y aura certainement des remplacements effectués par des étudiants en master 2, puisque ceux d’entre eux qui se destinent à l’enseignement doivent effectuer plusieurs types de stage, dont un stage en responsabilité. Toutefois, nous éviterons les remplacements à tiroir (c’est-à-dire des remplacements, effectués par des étudiants, de professeurs débutants s’absentant eux-mêmes pour se former). Je peux affirmer qu’ils seront de l’ordre de l’exception.
Etes-vous favorable à la bivalence ?
Vous ne me croiriez pas si je vous disais le contraire. Mais je reste réaliste. J’ai bien compris que la passion pour la discipline, chez les enseignants, c’est une vraie réalité, ce n’est pas un habillage. Il faut parvenir à introduire de la souplesse, mais il va de soi que cela ne peut se faire que dans la persuasion, la durée et le partage des enjeux.
Politique éducative Nicolas Sarkozy annonce l’ouverture d’établissements de réinsertion scolaire
Enseignement primaire L’Institut Montaigne propose ses solutions contre l’échec scolaire
Enseignement supérieur Les IUT renforcent leur image
Partis politiques François Hollande avance ses propositions de réforme du système éducatif
Syndicats Accusations de malversations au Snetaa-EIL
Edition scolaire Avec Internet, une nouvelle économie de l’édition scolaire s’invente