Louis Vogel est président de l’université Paris-II-Panthéon-Assas.
Vous venez de publier un essai intitulé « L’Université : une chance pour la France » (PUF). Que retenez-vous de vos quatre dernières années à la présidence de l’université Panthéon-Assas ?
Ce qui m’a marqué le plus est, bien sûr, la mise en place de l’autonomie des universités. Non pas la baisse de la taille des conseils d’administration d’université, mais plutôt le développement d’outils pour aider les universités à évoluer. Depuis 2007, nous avons en plus pu disposer de moyens supplémentaires, même si le financement reste encore insuffisant. En trois ans, l’investissement de l’Etat est passé de 6 800 euros à plus de 9 000 euros par étudiant, alors que l’Etat finance toujours à hauteur de 14 000 euros chaque élève de classe préparatoire aux grandes écoles. En clair, si la direction est bonne, nous sommes encore loin du but. Pour l’atteindre, nous devrons sans doute passer à court terme par des frais d’inscription, progressifs, plus importants. La contrainte budgétaire de l’Etat sera telle ces prochaines années que la France n’aura pas d’autres moyens pour augmenter les financements des universités françaises au niveau de leurs concurrentes étrangères.
Outre ces droits d’inscription, quels sont les chantiers à ouvrir dans les universités ?
Nous devons tout d’abord tout faire pour réduire le taux d’échec à l’université. C’est vital pour l’université, car avec au mieux 50 % d’échec en première année, nous sommes lourdement handicapés. Il y a plusieurs réponses à apporter pour aider tous les jeunes à réussir à l’université. Je pense tout d’abord que nous devons revoir la pédagogie en proposant, en particulier, des cours en petits groupes. De même, nous aurions beaucoup à gagner à proposer une première année beaucoup plus générale. Le système actuel est trop étroit, il engage très tôt les étudiants dans des enseignements très pointus. Créons des collèges universitaires où se poursuivraient des études plus ouvertes intégrant divers enseignements de sciences, de lettres ou d’humanités, avec une ou plusieurs dominantes. Ce système permettrait une orientation très progressive des étudiants. Dans le même temps, on pourrait réorganiser les cursus de master et doctorat pour accueillir le cœur de l’enseignement spécialisé, dispensé à des étudiants plus motivés à ce stade de leur parcours.
Etes-vous favorable à une sélection
des étudiants à l’entrée des universités ?
Non, la sélection n’est pas aujourd’hui la solution. Nous manquons déjà d’étudiants et ce réflexe malthusien serait contreproductif pour le pays. Il faut plutôt travailler sur le système pour améliorer l’orientation des étudiants, mais aussi pour offrir à un public étudiant très hétérogène des parcours différenciés, et ce dès la 1re année de licence. Il ne faut pas être aveuglé par le principe d’égalité qui nous obligerait à traiter tous les étudiants de la même manière. Au contraire, nous devons offrir aux bons étudiants des formations complémentaires, tandis que ceux en difficulté pourraient être soutenus. A Assas, la licence de droit offre désormais trois parcours : réussite, classique et le collège de droit. Le parcours de réussite permet à des étudiants volontaires d’échanger trois cours, parmi les enseignements non essentiels, contre des cours de remise à niveau en français et culture générale. A la fin de cette année, les étudiants qui réussissent leurs examens retrouvent en deuxième année le parcours classique. Quant aux étudiants du parcours classique, ils peuvent rejoindre s’ils obtiennent de bons résultats le collège de droit, qui offre des séminaires supplémentaires à une centaine d’étudiants, eux, sélectionnés.
En même temps, pourquoi demander
la spécialisation des universités ?
L’université générique a fait son temps. Avec l’autonomie, il faut que les universités répondent selon leurs propres modalités aux besoins spécifiques de leur environnement. Il faut aujourd’hui cesser d’agir comme si toutes les universités étaient semblables et donner à chacun la possibilité de développer ses qualités particulières. L’égalitarisme produit souvent l’inégalité. Cela ne veut pas dire que certains établissements sont meilleurs que d’autres. Ils sont simplement différents.
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