Marc Douaire est le président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP).
Vous avez organisé une rencontre, le 18 janvier, avec les représentants de cinq partis politiques, conviés à présenter leurs propositions sur l’éducation prioritaire. Sont-elles convaincantes ?
C’est une initiative que l’on prend avant chaque élection présidentielle. Les représentants des partis politiques se sont exprimés sur la politique éducative, mais peu sur l’éducation prioritaire, du fait d’une certaine méconnaissance. Bruno Julliard, le secrétaire national du Parti socialiste, est sans doute celui qui a avancé le plus d’idées : il a assuré que l’éducation prioritaire serait traitée en urgence par le futur gouvernement. Cette relance passerait par plus de moyens, une redéfinition du métier d’enseignant et une meilleure articulation des ZEP avec la politique de la ville.
Quelles propositions l’OZP a-t-il formulées ?
Les apports de trente années d’éducation prioritaire doivent être consolidés : l’articulation entre le premier et le second degré, le rôle fondamental des pilotes - professeurs référents, coordonnateurs. Ces postes, non seulement doivent être maintenus, mais aussi profilés, car ces personnels n’ont un rôle moteur que s’ils ont une connaissance du terrain et bénéficient d’une reconnaissance de leurs pairs. Nous avons insisté sur l’implication des parents et la nécessaire redéfinition du métier d’enseignant. Dans les ZEP, plus qu’ailleurs, leur mission ne se résume pas à un face-à-face avec la classe. La prise en charge des élèves en difficulté, la dimension collective du métier, le lien avec les partenaires de l’école doivent être pris en compte. Enfin, une relance de l’éducation prioritaire nécessite de mettre fin aux carences qui l’ont toujours entravée. Il y a notamment deux choses que l’institution ne sait pas faire : gérer ses ressources humaines et diffuser les bonnes pratiques. La discontinuité du pilotage national explique pourquoi, depuis sa création, l’éducation prioritaire repose largement sur le volontarisme de ses acteurs.
Le nouveau dispositif « Eclair » (écoles, collèges, lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) marque-t-il une rupture ?
On ne voit pas bien où le ministère veut en venir. En 2006, il lance les RAR [réseaux ambition réussite]. Il signe un contrat sur quatre ans avec 254 établissements et missionne les inspections générales pour évaluer le dispositif. La logique aurait été que, en 2010, il décide ou non du renouvellement des contrats en fonction des résultats de l’évaluation. Or, au moment où les inspections démontrent une réduction des écarts en CM2 entre les élèves de RAR et hors RAR, il lance, en avril 2010, un nouveau dispositif baptisé « Clair », plus centré sur la violence que sur la difficulté scolaire. Ce n’est que six mois plus tard qu’on voit apparaître, dans l’acronyme « Eclair », le « e » de « école » et le mot « innovation ». Mais on se rend compte peu à peu qu’Eclair tend vers un système anglo-saxon fondé sur l’autonomie et la mise en concurrence des établissements, mettant en cause la notion de service public. N’est-on pas en train de gommer tout ce qui a été fait de positif ? Le 1er degré n’est-il pas en train d’être évincé de l’éducation prioritaire ? Si on supprime les coordonnateurs, les référents, que restera-t-il ? Les préfets des études ? Leur cahier des charges est si vague que leurs missions divergent fortement d’un établissement à un autre. Plus qu’une rupture, Eclair est un retour en arrière.
Les ZEP sont-elles préservées de l’effort budgétaire ?
Les crédits pour financer des projets, la formation continue ont quasiment disparu. Et, à mesure que la révision générale des politiques publiques se déploie comme un rouleau compresseur, des postes sont supprimés. La scolarisation des enfants de moins de 3 ans a été réduite à sa portion congrue [13% toutes zones confondues], alors que toutes les études montrent son apport considérable en termes d’apprentissage du langage et de socialisation pour les enfants issus de milieux défavorisés.
Faut-il revoir la carte des ZEP ?
Les RAR et les RRS constituent 20% des établissements. Comment peut-on concentrer les moyens sur un nombre aussi important d’établissements ? On propose de corréler la carte des ZEP avec celle de la politique de la ville et de concentrer les moyens sur les 551 zones urbaines sensibles et les quelque 7% d’établissements les plus fragiles.
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