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Martine Aubry :« Je souhaite négocier avec les enseignants un nouveau contrat »

Martine Aubry est candidate à la primaire du Parti socialiste (PS).

Si vous êtes la candidate PS à la présidentielle à l’issue de la primaire, que proposerez-vous aux enseignants ?
Je souhaite engager dès le lendemain de la primaire une large concertation pour négocier avec eux un nouveau contrat. Ce sont les professionnels, et d’abord les enseignants, qui seront en première ligne de la refondation de l’école que je souhaite mettre en œuvre.

Quel est le cœur de votre projet ?
Notre école ne peut se contenter de quelques aménagements. La ségrégation et la compétition qui caractérisent notre système scolaire élitiste ne servent ni les enfants qui rencontrent des difficultés ni les autres. Je veux rompre avec cette logique. Je défends un service public d’éducation nationale, avec des règles et des protections communes, mais qui est capable de personnaliser ses réponses au plus près des besoins. Je veux construire un parcours cohérent, adapté à chacun, de la maternelle au supérieur. La scolarité obligatoire, de 3 à 16 ans, doit amener tous les élèves à la maîtrise d’un socle de culture commune, intégrant l’enseignement technologique et professionnel, mais aussi l’ouverture à la culture et aux sports. Dans ce parcours individualisé, des objectifs communs seront donnés. Par exemple, à la fin du primaire, tous les élèves devront maîtriser les savoirs et les compétences fondamentales - lecture, écriture, calcul -, tout en étant familiers de l’informatique ou de l’anglais.

Comment parvenir à ces objectifs ?
Nous ne pourrons pas tout faire tout de suite. Je commencerai par remettre en place une formation professionnelle des enseignants, avec une entrée progressive dans le métier. J’adapterai les moyens accordés aux établissements en fonction de la réalité des élèves et des territoires concernés : moins d’élèves par classe dans certains établissements en difficulté, plus d’élèves où tout fonctionne bien. Je reviendrai sur la réforme absurde qui a imposé la semaine des 4 jours à l’école primaire en mobilisant tous les partenaires - personnels de l’éducation, parents, associations d’éducation populaire, collectivités locales - pour que l’allongement des rythmes éducatifs profite au développement des élèves. Il faudra que, dès l’été, des mesures d’urgence soient prises pour éviter que la rentrée 2012 soit la catastrophe annoncée. C’est pourquoi j’ai déjà rencontré les syndicats enseignants. Je négocierai avec les enseignants un nouveau contrat dans lequel je leur donnerai la capacité d’innover, de travailler collectivement et d’adapter leur métier aux besoins.

Reviendrez-vous sur la définition du métier d’enseignant ?
Les enseignants le savent et pour l’immense majorité d’entre eux, c’est déjà le cas : leur travail ne commence pas quand ils franchissent la porte de la salle de classe, il ne se termine pas quand ils ont fini de corriger les copies. Mais ce temps de concertation pour mener des projets, pour accompagner les élèves individuellement ou pour recevoir des parents doit être plus clairement défini, et l’organisation de leur métier doit répondre à ces objectifs. Les besoins ne sont pas les mêmes partout et certains ont davantage besoin de ce temps de travail en équipe. Dans les zones d’éducation prioritaire, je souhaite que les enseignants aient moins d’heures devant les classes pour pouvoir s’y consacrer.

En échange, vous les revalorisez ?
Le budget de l’Etat que nous laissera le pouvoir en place sera particulièrement contraint. Mais nous devons investir dans les secteurs qui préparent l’avenir, comme l’école. Et je sais qu’il y a des marges de manœuvre et des redéploiements possibles. Les études comparatives de l’OCDE montrent que les enseignants français sont mal payés et insuffisamment reconnus. La revendication est donc légitime. Mais, outre les salaires, la revalorisation, c’est aussi bien d’autres choses. C’est faire confiance en donnant aux enseignants une plus grande autonomie pédagogique. C’est les considérer comme de véritables concepteurs de leur métier. L’école de demain ne se construira ni sans eux ni contre eux.

Faut-il donner plus de pouvoirs aux chefs d’établissement ?
Ce n’est pas le sujet essentiel. Il n’est par exemple pas question de faire recruter les enseignants par les chefs d’établissement.