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Patrick Rayou, sur les internats d’excellence : « Une véritable requalification symbolique pour les élèves »

Patrick Rayou est professeur en sciences de l’éducation à l’université Paris-VIII, membre du Circeft-Escol.

Vous menez un travail de recherche sur les internats d’excellence intitulé « Les nouveaux internats, entre tradition et défis éducatifs contemporains ». Qu’étudiez-vous ?
Nous sommes plusieurs équipes de chercheurs à mener une étude sur plusieurs sites : Marly-le-Roi, Cergy, Nice, Barcelonnette et Le Havre. L’Institut français de l’éducation (IFE) nous a commandé un travail qualitatif sur les internats d’excellence mis en place depuis la rentrée 2009. Je m’y suis d’emblée intéressé, car un de mes doctorants travaillait déjà sur l’évolution de la « forme scolaire ». Il avait commencé par un travail sur un microlycée. Il nous semblait que ces deux expériences avaient comme point commun de ramener, vers la forme scolaire classique, une population jusqu’alors assignée à un établissement difficile ou en décrochage scolaire.

Deux pansements sur un système qui va mal et qui laisse beaucoup de jeunes sur le bord du chemin, non ?
Si le microlycée veut juste arracher des jeunes à la rue et ne s’intéresse pas à leur réussite scolaire, si l’internat d’excellence vise seulement à assurer la promotion d’un petit nombre d’élèves méritants, sans se soucier de la masse de ceux qui ne bénéficient pas de conditions aussi favorables, ces innovations n’ont pas grand intérêt et elles choquent le citoyen épris d’égalité. Mais il nous faut regarder ces expériences en chercheurs, sans préjugés, et tenter de comprendre de quelle manière les progrès accomplis par des élèves qui ont la chance d’accéder à ces structures sont aussi à la portée d’élèves issus des mêmes milieux ou présentant des difficultés scolaires comparables.

En quoi votre travail dans les internats d’excellence peut-il faire avancer des équipes qui semblent tâtonner ?
Une part de notre travail est justement de les aider à fabriquer des indicateurs qui leur permettent d’évaluer leur action dans leur propre établissement. Nous espérons ainsi conjuguer nos intérêts de recherche et l’aide que peut apporter un regard extérieur à ces praticiens très engagés.

Vous allez remettre un rapport d’étape à la rentrée 2011, un rapport définitif à la rentrée 2012. Pouvez-vous d’ores et déjà nous dire qui sont les « internés » d’excellence ?
Se pose dès le départ le problème de la définition du terme « excellence ». Etre excellent, est-ce être capable de se dépasser chaque jour, ou d’atteindre les standards des filières d’élite ? A Versailles, par exemple, les jeunes admis en internat d’excellence présentent des garanties de comportement leur permettant d’intégrer un établissement « bourgeois », mais ne sont pas forcément des premiers de la classe. D’autres académies conçoivent plus l’excellence scolaire comme une capacité à intégrer demain une classe préparatoire. Cela se traduit par des modalités de socialisation et d’études très différentes.

Quelle est la vie dans ces internats ?
Nos observations sont encore récentes, même si certains d’entre nous font un réel travail de terrain et dorment régulièrement à l’internat. Pour ma part, je suis allé à Marly, où les enfants sont regroupés dans un même internat, mais vont en cours dans des établissements différents. Mes observations se nuanceront au fil de la recherche. Pour le moment, je remarque qu’il y a peu de relations entre les établissements et les assistants d’éducation qui travaillent à l’internat. Les élèves nous disent qu’il est plus facile de participer à des activités culturelles que de trouver des aides dans telle ou telle discipline à l’étude. Y a-t-il un risque que ces activités prennent le pas sur la consolidation des apprentissages scolaires ? Il faudra voir. J’ai aussi observé que les plus jeunes, les élèves de 5e, avaient plus de mal à s’habituer à cette vie loin de leur famille, alors que les 4e s’y sentaient généralement bien et appréciaient la coupure.

Et qu’avez-vous observé de positif ?
Les jeunes sont enthousiastes, et éprouvent un sentiment de fierté. C’est une véritable « requalification symbolique » pour eux. En classe, ils sont leaders en expression orale parce qu’ils ont l’impression de saisir la chance de leur vie. Est-ce le sentiment éphémère de jeunes qui ont obtenu une dérogation inespérée ? Notre travail le dira.