Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris. Il est chargé d’une mission de réflexion sur la réforme du lycée.
Le président de la République vous a sollicité le 5 janvier pour une mission sur la réforme du lycée. Quel est le point de départ de cette réflexion ?
On redémarre à zéro, c’est-à-dire concrètement sur la base de l’accord qui avait été trouvé au mois de juin avec les organisations syndicales et lycéennes, qui constituait un diagnostic et des objectifs partagés pour le lycée. Concernant le précédent projet, je pense que si Xavier
Darcos a jugé au mois de décembre nécessaire de le retirer, c’est moins à cause du contenu de celui-ci que parce qu’une partie des lycéens avaient eu le sentiment de pas être associés à son élaboration. Mon rôle n’est pas de juger du contenu de telle ou telle phase, mais d’adopter une méthode de travail qui parte de l’écoute, de la concertation, et qui aille vers la conciliation.
Comment allez-vous procéder ?
Nous allons mener trois modes de consultation en parallèle. Je vais organiser des visites sur le terrain, utiliser Internet, car comment aujourd’hui ne pas utiliser le principal moyen de communication des jeunes si l’on veut véritablement débattre avec eux ? Enfin, je demanderai audience à l’ensemble des organisations syndicales, lycéennes, aux fédérations de parents d’élèves, bref, à tous ceux qui sont les partenaires sociaux directement ou indirectement intéressés à la réforme qu’il faut définir.
N’est-ce pas une erreur d’avoir évoqué dans un récent entretien des financements privés pour le lycée ?
Si l’on considère que dire que la taxe d’apprentissage est une source massive de financement des lycées professionnels et des voies technologiques, c’est faire une erreur, alors j’attends que mes contradicteurs viennent expliquer qu’il faut se passer de cette source de financement en provenance des entreprises. De même, est-ce s’attaquer à un tabou que de poser la question suivante : pour les activités qui ne relèvent pas du service public de l’éducation nationale, mais qui peuvent être portées dans les lycées par des professeurs, est-il inacceptable par principe de rechercher des financements provenant des entreprises ?
Alors que beaucoup de vos prédécesseurs se sont cassé les dents sur cette réforme, pensez-vous que le lycée est encore réformable en France ?
Oui, le lycée est réformable à condition de s’entendre sur ce que veut dire le mot « réforme ». Beaucoup de Français, beaucoup de professeurs, beaucoup de lycéens sont fiers de leur lycée. Et de façon un peu paradoxale pour une création napoléonienne, le lycée républicain apparaît un peu comme le symbole de la réussite de l’éducation nationale à la française. Il ne faut surtout pas considérer qu’il n’y a rien de bon au lycée aujourd’hui. Ce serait contraire à la vérité et absurdement injuste pour les professeurs, les chefs d’établissement et les lycéens. Mais oui, le lycée est réformable au sens où il doit évoluer au moins dans deux directions : un lycée plus juste où les adolescents et leur famille n’aient pas le sentiment qu’il y a d’un côté ceux qui savent comment et pourquoi s’orienter (ce qu’on appelle souvent le délit d’initié), et de l’autre ceux qui ne savent pas ; un lycée plus efficace en ce qui concerne l’intégration professionnelle d’un côté, et la poursuite vers les études supérieures de l’autre. Il faut rendre au baccalauréat le sens d’un pont vers l’enseignement supérieur, alors qu’il est souvent considéré aujourd’hui comme l’examen, et le rite, qui clôt l’enseignement secondaire. Et j’utilise le mot « clore » au double sens d’achever, mais aussi de créer un mur entre ce à quoi on est préparé, la réussite au bac, et ce à quoi on n’est que très faiblement préparé : l’autonomie nécessaire pour entamer des études supérieures réussies.
Pensez-vous réellement que les résultats de votre travail seront entendus par le gouvernement ?
Si les résultats de mon travail ne sont pas entendus, c’est que j’aurai échoué. Et je mettrai toute mon énergie et tout mon investissement pour ne pas échouer.
Entretien réalisé en partenariat avec lemonde.fr
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