Yves Winkin, professeur à l’Ecole normale supérieure de Lyon, est directeur de l’Institut français de l’éducation.
Le 18 avril, l’Institut français de l’éducation (IFE) a remplacé l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP) et intégré l’Ecole normale supérieure de Lyon. Au-delà du changement de nom, qu’est-ce qui distingue l’IFE de l’ancien INRP ?
Il y a deux façons de voir l’évolution. L’une est plutôt négative : l’INRP a intégré en tant que composante l’Ecole normale supérieure de Lyon et a donc perdu une certaine autonomie. L’autre est plutôt positive : en s’intégrant dans un puissant dispositif de recherche, ses moyens de recherche vont être décuplés. L’ambition de l’IFE est d’être une référence nationale et internationale en matière de recherche en éducation. L’INRP n’a pas démérité, mais sa mauvaise réputation l’a handicapé ces dernières années.
L’annonce de la « reprise » de l’INRP par l’ENS Lyon a créé beaucoup d’inquiétudes chez les personnels. Quelle est la situation ?
Le nombre de personnels n’a pas bougé. Tous les contrats qui venaient à terme en 2011 ont été reconduits jusqu’à 2013, comme nous l’avions demandé. Les personnels qui assuraient des tâches administratives ont été intégrés aux services administratifs de l’ENS. En revanche, les personnels enseignants, de recherche ou de diffusion des connaissances relèvent tous du nouvel institut. De même, nous avons réussi à conserver les postes dévolus aux personnels enseignant en primaire et secondaire qui mènent en parallèle des recherches. Enfin, nous avons conservé les heures supplémentaires qui permettent de rémunérer les enseignants qui collaborent dans chaque académie avec nos chercheurs. Nous avons tout de même enregistré quelques départs, qui ont libéré un volant de masse salariale. Grâce à ces moyens, nous avons lancé le recrutement de six enseignants-chercheurs. C’est la preuve que notre ambition est bien de mener une politique scientifique ambitieuse, et non de liquider la recherche en éducation.
Quels sont les axes de recherche que vous allez privilégier ?
Nous allons poursuivre nos recherches actuelles sur l’éducation, le monde enseignant ou encore les nouvelles technologies. A ce titre, le centre Alain-Savary reste au cœur de notre dispositif de recherche. Cependant, nous voulons nous développer au-delà en multipliant les recherches sur l’éducation à la santé, la ville ou le développement durable. Nous voulons également nous doter, grâce aux recrutements de deux enseignants-chercheurs et de post-doctorants, de compétences en matière d’enseignement supérieur. L’idée est de proposer des recherches de haut niveau sur la pédagogie dans le supérieur, un secteur encore trop peu développé en France. En nous appuyant sur les chercheurs de l’ENS, nous allons également développer des séminaires de recherche. Le premier, qui s’intéressera aux premiers apprentissages et à la première socialisation des enfants, est confié à Bernard Lahire. Nous réfléchissons également à un séminaire mêlant anthropologie et recherche pédagogique.
Après avoir « musclé » la recherche de l’institut, que faites-vous de la formation ?
Nous allons avancer dans deux directions à la fois. Nous conservons bien sûr notre offre de formation continue des enseignants, en nous appuyant en particulier sur le dispositif « Néopass ». Nous lançons en parallèle une agence qui aura pour tâche de répondre à des appels d’offres d’entreprises en matière de formation. Nous disposons de toutes les compétences pour entrer sur ce marché. Au lieu de laisser des entreprises privées vendre très cher des formations quelconques, nous pouvons offrir des formations sérieuses, fondées sur une recherche de pointe.
L’INRP s’était fait une spécialité en matière de diffusion des connaissances. Que comptez-vous faire ?
L’IFE va toujours gérer les sites du ministère à destination des enseignants, et poursuivre son travail de veille éducative. L’institut organisera également des débats sur des grandes questions éducatives. Mais nous ne nous arrêterons pas là. Nous avons en projet de nous associer à une chaîne de télévision pour améliorer la diffusion de la connaissance que nous produisons à l’IFE.
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