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Enquête PISA 2015   : le spectacle n’est pas au rendez-vous

Même si le caractère fortement inégalitaire du système éducatif français a été une fois de plus confirmé, difficile de dramatiser les résultats de PISA 2015 : la France était dans la moyenne et elle y reste. En revanche, l’appui de l’OCDE aux orientations ministérielles est inédit.


La publication, le 6 décembre, de l’enquête PISA 2015 sur les élèves de 15 ans, consacrée pour cette édition à leurs acquis en culture scientifique, a bien fait déferler en France une vague de commentaires. Mais celle-ci n’a pas pris la forme du tsunami que beaucoup redoutaient et que d’autres espéraient.
Certes, les résultats français qui, depuis la première enquête en 2000, restent globalement médiocres dans les trois domaines examinés à tour de rôle (compréhension de l’écrit, mathématiques, culture scientifique), ne permettent guère de pavoiser. Surtout quand d’autres enquêtes viennent juste de souligner de graves faiblesses en orthographe et en mathématiques. Mais cette fois, la complainte de la descente aux enfers s’est enrayée, à part quelques inévitables exceptions.
Cette modération des réactions est inédite, et ne compense sûrement pas quinze années précédentes de résultats objectivement décevants et d’interprétations outrées. Elle s’explique d’abord par les résultats eux-mêmes : selon les critères PISA de mesure des compétences scientifiques, la France est dans la moyenne. Avec un score de 495  points, elle se situe deux points au-dessus (ce qui n’est pas statistiquement significatif) de la moyenne des pays de l’OCDE (493 points). Elle se trouve au même niveau que l’Autriche, la Suède ou les Etats-Unis, ce qui n’a rien d’humiliant. Mais elle reste en deçà de Singapour, du Japon, de l’Estonie, de la Finlande et du Canada qui, avec leur score supérieur à 530, occupent les premières places.
Cette position française ne s’est pas non plus dégradée depuis la précédente enquête PISA à dominante scientifique en 2006 : notre pays conserve son niveau, alors que beaucoup d’autres ont connu une dégradation de leur performance. Hors de la thématique dominante de chaque édition, les résultats de PISA sont moins « robustes ». Il n’empêche : ceux de 2015 montrent qu’après une forte baisse en mathématiques entre 2003 et 2012, la position de la France est, depuis, restée stable, juste à la moyenne des pays de l’OCDE. Enfin, le score français en compréhension de l’écrit a gagné trois points, passant de 496 à 499 entre 2009 et 2015, ce qui n’est toujours pas statistiquement significatif.
Cette accumulation de données peu spectaculaires a sans doute contribué aussi à modérer l’engouement antérieur pour les variations de classement qui, à une dizaine de places près, n’ont pas non plus une grande signification. Il reste que PISA 2015 a confirmé ce qui était déjà connu d’une enquête à l’autre depuis plus de dix ans : le caractère fortement inégalitaire du système français. Les scores en culture scientifique d’un élève d’origine très modeste et d’un élève de milieu favorisé différent de 118 points, soit l’un des plus forts écarts parmi les pays ayant participé à l’enquête.
Si tout le monde convient qu’un « choc Pisa » est nécessaire en ce domaine, les idées diffèrent sur les chemins à prendre pour y parvenir. En France, cette présentation de PISA 2015 a été à cet égard une première. Non seulement la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, y était présente au côté de Gabriela Ramos, conseillère spéciale du secrétaire général de l’OCDE, mais celle-ci a déclaré à son intention : « Vous avez engagé de nombreuses réformes allant dans le sens des bonnes pratiques identifiées par l’OCDE et qui peuvent rendre le système plus équitable. Nous vous encourageons à aller plus loin. » Les oreilles des opposants de droite et de gauche à la politique ministérielle ont dû siffler. L.C.