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Concours des personnels de direction : un jury contre le « formatage »

Quoi de plus conforme, sinon conformiste, qu’un jury du concours de recrutement des personnels de direction de l’éducation nationale ? C’est du moins ainsi que beaucoup l’imaginent. Et pourtant, le rapport du jury de la session 2017 renvoie une image bien différente

Quoi qu’en disent les mauvaises langues (ou les victimes de comportements arbitraires), les concours de recrutement des personnels de direction (les « perdir ») sont très sélectifs.
Ainsi, au concours des personnels de direction de première classe, pour 148 candidats présents à l’épreuve écrite d’admissibilité en 2017 et ­­20 postes offerts, le taux de réussite, qui s’établissait autour de seulement 25% depuis 2013, a chuté en 2017 à 13,5%. Au concours de deuxième classe, où le nombre de postes proposés était de 580 en 2017, et où 3 090 candidats se sont présentés à l’épreuve écrite, le taux de réussite de la session a été de 18,8%, contre environ 16% entre 2013 et 2016. On ne peut donc en aucun cas parler de recrutement au rabais.
Par catégories d’origine, à ce même concours, les taux de réussite sont de 21,5% pour les candidats issus du premier degré, de 58,6% pour ceux du second degré et de 17,6% pour les personnels d’éducation (CPE et conseillers d’éducation). Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, ces concours sont loin d’être une pure formalité pour les candidats « faisant fonction » ou ayant déjà fait fonction de personnel de direction : leur taux de réussite est de 40% en première classe et de 55,9% en deuxième classe à la session 2017. En termes de notation des épreuves, le seuil d’admissibilité (après l’épreuve écrite) était en deuxième classe de 10,92 sur 20, et le seuil d’admission (après l’épreuve orale) de 11,53 sur 20.
Les personnels de direction sont la catégorie la plus importante dans les deux jurys, qui comportent aussi des inspecteurs généraux, des membres des corps d’inspection et des membres des hiérarchies académiques. La contestation, souvent très virulente, des hiérarques et des « petits chefs » étant ce qu’elle est, c’est-à-dire très répandue dans le corps enseignant et constatée par tous les chercheurs qui l’auscultent, on s’attendrait à ce que ces jurys soient portés à récompenser les candidats les plus zélés envers les directives officielles du moment. Ce n’est pourtant pas ce qui ressort du rapport du jury de la session 2017, dont sont extraits les chiffres qui précèdent et dont la lecture incite à une vue beaucoup plus nuancée.
Plutôt sévère, ce rapport réserve ses traits les plus rudes aux candidats auxquels il est reproché de « se satisfaire d’une récitation des éléments de la réforme de la scolarité obligatoire » et de « formules ou d’actions magiques qui porteraient automatiquement la réussite ». « Certains candidats semblent ne connaître que l’attitude autoritaire », déplore en outre le jury qui, sur l’épreuve écrite (une étude de cas appuyée sur des documents), « met en garde » ceux qui emploient le « je » tout au long de la copie ou parlent de « leurs » professeurs ou de « leur » collège, ce qui semble mal augurer de leur aptitude au travail en équipe.
Quant à l’épreuve orale, l’impression d’avoir affaire à des formules « clés en main » est « parfois évidente », s’agacent les rapporteurs qui, non sans humour, pointent les signes d’un certain « formatage ». Ainsi, relèvent-ils, après le chef d’établissement « premier pédagogue », fleurissent les chefs d’établissement « clefs de voûte » ou « chefs d’orchestre », tandis que tous les candidats veulent « fédérer des équipes » ou « piloter une école bienveillante et inclusive ».
D’autres manques et défauts, notamment dans la connaissance du système éducatif et des rouages matériels d’un établissement, sont critiqués dans le rapport du jury, mais celui-ci, qu’on se le dise, valorise la « distance réflexive ». L.C.