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Entrée dans le supérieur : avis de gros temps sur la réforme

La plate-forme Parcoursup, qui applique le nouveau système d’entrée dans l’enseignement supérieur, est désormais ouverte aux vœux des futurs bacheliers, mais les critiques pleuvent, y compris chez certains partisans de la réforme, qui jugent ses modalités « bâclées ».


Il y a les oppositions de fond : garantir ou non à chaque bachelier l’accès à la formation de son choix. Et les objections de forme : sur la difficulté à mettre en œuvre rapidement et sans trop de dégâts un bouleversement des conditions d’accès aux études supérieures. Alors que la nouvelle plate-forme Parcoursup, qui remplace la défunte Admission post-bac, a été ouverte le 15 janvier, les critiques sur le fond et les avertissements sur la forme s’entrecroisent pour susciter un climat d’inquiétude.
A compter du 22 janvier, près de 800 000 lycéens ou étudiants en réorientation peuvent y ouvrir un dossier, consulter les fiches des formations et formuler leurs vœux. Parallèlement, le projet de loi adopté par l’Assemblée nationale le 19 décembre et officialisant les nouvelles règles - celles qui sont appliquées sur Parcoursup - doit être examiné par le Sénat à partir du 7 février. Dans les semaines qui viennent, les querelles qui peuvent paraître abstraites autour du mot tabou de « sélection », que récuse le gouvernement, vont commencer, pour les candidats, leurs professeurs et leurs familles, à s’incarner dans des situations bien réelles. Les partisans de la réforme répètent qu’il s’agit seulement de veiller, grâce aux « attendus » formulés pour l’accès à chaque licence, à l’adéquation entre le profil du candidat et la formation qu’il demande. Au contraire, « c’est le système totalement ouvert et non régulé que nous avions jusqu’à présent » qui « envoie directement à l’échec » des milliers d’étudiants, a plaidé Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes, dans les colonnes du Monde (14-15 janvier).
C’est « la fin de l’accès de tous à des études dans la filière de leur choix », assure, sur la même page, Valérie Robert, maîtresse de conférences en études germaniques à l’université Sorbonne-Nouvelle-Paris-III. Elle y ajoute un argument très repris sur les réseaux sociaux, notamment par des professeurs de lycée jugeant, comme le dit le SNES-FSU, qu’il n’est pas dans leurs attributions de « décourager » leurs élèves. Cet argument évoque les late bloomers, expression anglaise désignant les personnes dont la maturité arrive tardivement. « A 17 ans, j’étais mauvaise élève, mal dans ma peau », écrit-elle, soulignant que si les « attendus » d’aujourd’hui avaient été appliqués, elle aurait renoncé à ce qui l’intéressait.
Dans le même temps où ce type de critiques fait son chemin, il semble que tout ce que compte l’université d’organisations se soit donné le mot pour souligner les embûches du nouveau système. Y compris parmi celles favorables à la réforme : la CFDT, la FAGE et l’UNSA ont dénoncé le 16 janvier, dans une motion au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), les conditions de mise en œuvre du projet de loi, qu’elles jugent « bâclé ». La Conférence des présidents d’université a alerté le gouvernement sur « l’impérieuse nécessité » que le financement soit réellement au niveau des ambitions d’une telle réforme. Un syndicat des bibliothécaires universitaires a calculé qu’avec les moyens actuels le temps maximal que pourra consacrer le personnel des universités à l’étude de chaque dossier déposé sur Parcoursup n’excédera pas « deux minutes et trente secondes ». Dans un autre registre, les opposants de fond sonnent le rappel : la FSU, FO, la CGT, SUD-Education, l’UNEF et trois organisations lycéennes ont publié le 16 janvier un appel à « une mobilisation d’ampleur contre ce recul historique du droit à l’éducation ». L.C.