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Education prioritaire : l’ampleur du défi pédagogique

La concentration en éducation prioritaire des difficultés de toutes sortes, notamment un défaut criant de mixité sociale, est confirmée par les données les plus récentes. Mais la volonté de relever collectivement le défi est encore présente dans les équipes éducatives

Une note de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), publiée en février, livre un état des lieux de l’éducation prioritaire. Personne n’a oublié, et surtout pas les personnels concernés, que celle-ci avait été quelque peu bousculée en septembre 2016 par les termes d’une étude publiée par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) dont la conclusion était que l’école française amplifiait les inégalités au lieu de les compenser. La politique d’éducation prioritaire y était désignée comme le symbole de ce « gouffre entre objectifs proclamés et réalité ».
Ces affirmations avaient été mal prises : l’observatoire des zones prioritaires (OZP), notamment, s’était indigné qu’un « message de désespérance » soit ainsi « jeté au visage » des personnels. A y regarder de près, cependant, les auteurs de l’étude, comme d’autres chercheurs, avançaient surtout que l’éducation prioritaire (EP) ne l’était pas réellement en termes de moyens engagés. Ils pointaient des réalités connues, comme la plus grande jeunesse des enseignants (17% de moins de 30 ans en collège, contre 9% hors EP), le grignotage du temps d’enseignement par les problèmes de discipline et le fait que la mixité sociale y soit le plus souvent remplacée par son inverse  : la concentration des publics les plus défavorisés.
Ils jugeaient par ailleurs positives les évolutions récentes dans la conduite de l’EP. Pas de jugements de valeur, en revanche, dans la note de la DEPP, mais des chiffres bruts, arrêtés à la rentrée 2017. D’abord sur le poids de l’éducation prioritaire par rapport à l’ensemble du système : elle scolarise 21,1 % des collégiens et 20,2 % des écoliers du public, soit un total de 1 725 600 élèves. Elle regroupe 1097 collèges publics : 732 en réseaux d’éducation prioritaire (REP) et 365 en réseaux d’éducation prioritaire renforcés (REP+).
On dénombre 6 703 écoles en éducation prioritaire : 4 237 en REP et 2 466 en REP+. Les REP scolarisent 14,1% des collégiens accueillis dans le secteur public et 12,3% des écoliers. Les REP+ accueillent 7% des collégiens et 7,9% des écoliers du secteur public.
Sur le plan qualitatif, les données confirment l’ampleur du défi pédagogique que constitue l’enseignement dans ce contexte. Sur la concentration des difficultés : près de trois collégiens de REP+ sur quatre sont très défavorisés socialement ; 50% des collèges en REP+ scolarisent plus de 75% d’élèves défavorisés. Alors que le retard à l’entrée en 6e concerne 7,4% des collégiens hors EP, ce taux monte à 13% en REP et 16,8% en REP+. La maîtrise des compétences du socle commun est nettement moindre en EP qu’ailleurs et les collégiens y réussissent sensiblement moins bien le diplôme national du brevet.
Face à ces réalités, qui peuvent parfois culminer dans des établissements « ghettos » ou être ordinairement désespérantes ailleurs, certains personnels, à certains moments, peuvent être tentés de baisser les bras. A l’inverse, la difficulté est souvent prise aussi comme un stimulant de la dynamique collective. Il arrive ainsi qu’une formidable soif de formation, d’auto-formation et d’échanges professionnels, à la fois entre pairs et dans une perspective « inter-métiers » soit perceptible autour de la volonté de faire réussir les élèves. Un indice parmi d’autres : l’étonnante fréquentation d’une ressource numérique élaborée par le Centre Alain-Savary de l’Institut français de l’éducation. Intitulée « Mathématiques en éducation prioritaire » et mise en ligne fin janvier, elle cumule déjà plus de 300 000 vues. L.C.