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Sur la laïcité à l’école, la tendance récente est à l’accalmie

Quelques jours après la présentation par le ministère de l’éducation du vade-mecum de la laïcité, le colloque du Comité national d’action laïque (CNAL) aurait pu être l’occasion d’un regain d’alarmisme à ce sujet. Le sondage publié à cette occasion va dans le sens inverse


Ce n’est certes pas un acquis définitif mais, en l’espace de quelques semaines, c’est plutôt une tendance à l’accalmie qui semble s’installer sur la question, si propice aux éclats polémiques, du respect de la laïcité dans le cadre scolaire.
Le 30 mai, la publication par le ministère de l’éducation du vade-mecum de la laïcité, élaboré par le Conseil des sages, n’a pas donné lieu à controverses, sans doute parce qu’il ne remet pas en question la possibilité pour des mères d’élèves voilées d’accompagner les sorties scolaires. Le 13 juin, le colloque «  La laïcité et l’école  : les enseignants ont la parole  », organisé par le Comité national d’action laïque (CNAL), peu suspect de laxisme en ce domaine, aurait pu relancer la dramatisation.
Il n’en a rien été. Aussi bien grâce à la démarche suivie par les organisateurs - « procéder à un bilan aussi précis que possible » sans « mettre la poussière sous le tapis »- que par les résultats, présentés à cette occasion, d’un sondage IFOP auprès d’un échantillon représentatif de 650 enseignants. Ce sondage était complété par des entretiens qualitatifs menés par le CNAL auprès d’un millier d’enseignants.
Les chiffres du sondage IFOP ne permettent ni de prétendre que tout va bien ni de nourrir un discours alarmant sur le thème des «  territoires perdus de la République  », selon le titre d’un livre choc paru en 2002. La dualité ou l’ambivalence de la situation tient en ces deux données : d’une part, 59% des enseignants sondés estiment que la laïcité est « en danger »  ; d’autre part, seulement 1% d’entre eux estiment que « le climat scolaire autour de la laïcité » est aujourd’hui « très tendu » dans leur établissement. Sur la même question, 8% jugent le climat « plutôt tendu », mais 57% l’estiment « plutôt apaisé » et 34% « très apaisé ». Les autres chiffres -qu’on ne citera pas tous- sont autant de confirmations de cet état des lieux nuancé, bien éloigné des prédictions de guerre civile qui défrayent régulièrement la chronique.
Ainsi, la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles dans le cadre scolaire ne fait « jamais » l’objet de contestations par certains élèves pour 62% des enseignants interrogés, 23% estimant qu’elle est « rarement » contestée, 12% qu’elle l’est « de temps en temps » et 3% « régulièrement ».
Concernant l’adhésion des élèves et des familles aux valeurs de la République, 60% des enseignants se déclarent « plutôt confiants », 13% « très confiants », 24% « plutôt inquiets » et 3% « très inquiets ». Autre chiffre-clé, et indice que le système scolaire n’est pas en déshérence  : 97% des enseignants interrogés disent que, « dans la quasi-totalité des cas », le dialogue a suffi à résoudre les tensions. La proportion d’entre eux estimant que les contestations de la laïcité sont ces dernières années « en augmentation » est de 42%, contre 44% qui les jugent « stables » et 14% « en diminution ».
Cependant, tout ne va pas dans le sens de l’apaisement, puisque d’autres aspects du sondage révèlent un fort clivage entre types d’établissements : ainsi, dans ceux de l’éducation prioritaire et dans les lycées professionnels, près d’un tiers des enseignants pensent que leurs collègues ne s’entendent pas sur une conception commune de la laïcité, contre 6 à 12% ailleurs. Et 34% des enseignants en REP (contre 9% hors REP) font état de remises en question de la loi de 2004 par des élèves, 22% par des parents (contre 8% ailleurs) et 23% par d’autres personnels de l’éducation (contre 6%). Les problèmes ne sont pas ce qu’en disent les vendeurs d’angoisse, ils existent cependant. L.C.