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Vers un vrai débat public sur l’évaluation du système scolaire

Comment mesurer les performances des élèves et que faut-il faire des données recueillies ? Selon les réponses à ces questions, aussi bien techniques que politiques,le visage du système éducatif peut être très différent. Un rapport parlementaire en apporte l’illustration


Le « rapport d’information sur l’organisation de la fonction d’évaluation du système éducatif » présenté le 27 septembre par les députés Régis Juanico (PS) et Marie Tamarelle-Verhaeghe (LRM) au nom du Comité d’évaluation des politiques publiques prend un éclat nouveau à la lumière du projet de « loi Blanquer » sur l’école, transmis aux syndicats le 8 octobre.
Les rapporteurs savaient -c’était annoncé depuis début août- qu’un des points forts de ce projet devait porter sur ce même sujet. Mais il n’était pas acquis que le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), instance indépendante dont ils prônent le renforcement, serait au contraire supprimé par le projet ministériel, qui prévoit son remplacement par un nouvel organisme, le Conseil d’évaluation de l’école, aux missions très différentes et à la main du ministère. Le 2 octobre, devant la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale, et en répondant justement à une question de Régis Juanico, le ministre de l’éducation ne laissait encore entrevoir qu’« une évolution du Cnesco », affirmant que l’on « ne perdra rien » du bilan « positif » de celui-ci.
La perspective aujourd’hui est sensiblement différente. Le groupe de travail constitué pour assister les deux rapporteurs était composé de cinq députés : quatre LRM et un LR. Au-delà du sort du Cnesco, les divergences portent sur la philosophie de l’évaluation. Sans être le moins du monde hostiles aux évaluations nationales des acquis des élèves, les rapporteurs proposent qu’elles soient centrées sur le « socle commun » plutôt que sur les programmes annuels, qu’elles interviennent au début de chaque cycle d’enseignement (ce n’est pas le cas des évaluations actuelles), qu’elles intègrent « les caractéristiques sociales, culturelles et le climat scolaire des établissements » (et non les seuls acquis disciplinaires), et surtout que leurs résultats ne soient liés ni à l’évaluation des enseignants ni à l’allocation des moyens aux établissements scolaires.
Leurs recommandations sont très précises sur le mode de restitution des données recueillies : « Un diagnostic par école communiqué à la direction de l’établissement, un diagnostic par classe accessible aux seuls enseignants et un diagnostic par élève transmis à celui-ci et à ses parents. » Ils préconisent de « séparer clairement la fonction d’évaluation de la gestion ou du pilotage du système scolaire. »
Autant de propositions qui visent à faire pièce aux intentions prêtées au ministère -mais non confirmées à ce jour- de rendre toutes les données accessibles au public et d’évaluer au moins en partie le « mérite » des enseignants en fonction des résultats des élèves. Une option fortement suggérée par la Cour des comptes (dans un rapport de décembre 2017) mais que l’actuel Cnesco n’aurait en aucun cas pu cautionner.
Or le rapport, qui récuse toutes les critiques adressées à cette instance, propose justement de la conforter, de lui affecter des moyens beaucoup plus importants et surtout de lui attribuer une mission « de coordination et de régulation » de l’évaluation, en surplomb de toutes les autres structures du ministère concernées à des titres divers par ce sujet.
Le rapprochement des points de vue paraît a priori difficile. Une chose, en tout cas, est certaine : d’ici à l’examen du projet de loi par le Parlement, début 2019, la question de l’évaluation du système éducatif sera ouvertement et âprement débattue, dans une configuration dépassant la seule confrontation rituelle entre ministère et syndicats. L.C.