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Ecart salarial entre enseignantes et enseignants : des inégalités de situation

Malgré le principe de l’égalité professionnelle, il existe un écart moyen de rémunération d’environ 14 % au détriment des enseignantes. Cela s’explique essentiellement par des différences liées à l’âge, aux temps partiels et aux fonctions occupées


« En 2015, dans le secteur public, une enseignante titulaire perçoit en moyenne un salaire net inférieur de 14 % à celui d’un enseignant. » Ainsi titrée, l’infographie que nous avons publiée dans le précédent numéro de La Lettre a suscité étonnement, indignation et questionnements. Cet écart, dont le chiffre non arrondi est de 13,9%, se décline à raison de 9,5% dans l’enseignement primaire et 8,7% dans le secondaire. Comment est-ce possible ?
La réponse, très détaillée, se trouve dans une étude publiée dans le dernier numéro de la revue trimestrielle Education & Formations, éditée par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service d’études statistiques de l’éducation nationale. Cette revue a lancé, en 2016, un appel à contributions sur la question de l’égalité des sexes dans le système éducatif, tant pour les enfants que pour les adultes. Preuve que la question est sensible, les résultats sont arrivés en tel nombre que la rédaction a décidé d’y consacrer l’ensemble de ses numéros de l’année 2018...
L’article sur les inégalités salariales entre enseignants et enseignantes, signé de Marion Defresnes, Olivier Monso et Sophie Saint-Philippe, commence par rappeler, en citant un rapport de 2017, que « l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est au cœur des valeurs et des missions de la fonction publique » et qu’elle est aussi, depuis 2012, une politique interministérielle. De fait, aucune distinction entre les sexes n’est établie au sein des personnels, que ce soit à l’entrée du métier à travers les concours, dans l’exercice des fonctions ou dans le système des rémunérations. Si l’égalité salariale des droits ne se traduit pas aujourd’hui par une égalité des faits, c’est d’abord parce que les enseignantes (huit professeurs des écoles sur dix, six professeurs sur dix dans le secondaire) et les enseignants ne présentent pas les mêmes caractéristiques.
D’une manière générale, les femmes sont non seulement plus nombreuses, mais aussi plus jeunes que les hommes, ce qui suggère une ancienneté plus faible. Elles se caractérisent aussi « par des situations en emploi qui les défavorisent du point de vue du salaire ». La liste de ces « inégalités de situation » commence par un « moindre accès aux corps-grades les plus rémunérateurs ». Ainsi, dans le second degré, la sous-représentation des femmes dans le corps des agrégés influe sur la moyenne de leurs salaires. Dans les deux degrés, elles sont aussi en moindre proportion dans le grade supérieur que constitue la hors-classe. Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel : 14,8% d’entre elles dans le premier degré et 13,8% dans le second degré, contre respectivement 4,4% et 4,8% des hommes. S’il n’a pas d’impact sur l’évolution de carrière, le temps partiel a un effet immédiat sur le traitement et les indemnités.
Enfin, à tous les niveaux, les femmes occupent moins fréquemment que les hommes des fonctions de nature à générer des compléments de salaire (direction d’école, professeur principal, enseignement en postbac, etc.) et prennent moins d’heures supplémentaires.
Les analyses qualitatives montrent que « les choix ou contraintes de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle » contribuent à creuser l’écart. Ces différences de situations expliquent, selon l’article, 80% à 90% de l’écart moyen. Il reste donc, une fois celles-ci prises en compte, une part « inexpliquée ». Et une question posée au système : quels pourraient être les leviers disponibles pour réduire l’écart ? L.C.