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Eunice Mangado-Lunetta* : « La volonté d’engagement reste bien présente au sein de la jeunesse »

Eunice Mangado-Lunetta est directrice des programmes de l’AFEV (Association de la Fondation étudiante pour la ville)

L’AFEV existe depuis 1991. Quelles forces mobilise-t-elle et quel bilan peut être tiré de ces vingt-sept ans d’activité  ?
L’AFEV -Association de la Fondation étudiante pour la ville- est le plus important réseau de mobilisation d’étudiants pour des actions de solidarité dans le champ de l’éducation et dans les quartiers prioritaires. Historiquement, nous sommes nés à la croisée de la politique de la ville et de l’éducation populaire. Très vite, cela s’est matérialisé par des actions d’accompagnement à la scolarité. Aujourd’hui, nous avons trois programmes d’action. Le premier reste l’accompagnement individuel, qui touche 7 000 enfants, selon le principe du binôme un étudiant/un enfant et qui s’effectue à plus de 80% au domicile des familles. Le deuxième programme, que nous appelons « volontaires en résidence », est basé sur le service civique : ce sont 400 jeunes, qui, dans des écoles ou collèges en REP+ et des lycées publics, surtout professionnels, agissent en lien avec les équipes éducatives. Le troisième est un programme de colocation solidaire : 600 jeunes habitent ensemble en colocation dans les quartiers prioritaires pour y mener des projets avec leurs voisins. Au total, 8 000 jeunes sont concrètement impliqués dans les actions de l’AFEV. La principale leçon que l’on peut en tirer est que, contrairement à ce qu’on entend souvent, la volonté d’engagement reste bien présente au sein de la jeunesse.

Vous distinguez soutien scolaire et accompagnement individuel. Quelle est la différence ?
Nous proposons un accompagnement individuel à des élèves en réponse au repérage fait par leurs enseignants, ce n’est pas nous qui les choisissons. La première demande des enfants et des familles, évidemment, porte sur le soutien scolaire et les devoirs. C’est donc généralement notre point d’entrée. Mais nous savons bien que le véritable apport de l’étudiant est beaucoup plus large. Il contribue d’abord à donner un sens à l’école en permettant à l’élève de se projeter plus loin dans son parcours scolaire et d’envisager la possibilité d’études supérieures. Certains n’ont pas du tout d’étudiants dans leur environnement proche. Le binôme permet un travail suivi portant sur l’estime de soi, l’ouverture culturelle et l’orientation. Parfois, le simple fait d’emmener un gamin visiter la fac déclenche la prise de conscience de nouvelles perspectives. Notre action s’insère dans un contexte où se trouvent aussi l’équipe éducative et la famille. Il est donc malaisé d’identifier ce qui relève strictement de l’accompagnement AFEV et ce qui a un impact sur les résultats scolaires proprement dits. Parfois, le bénéfice, tel que nos interlocuteurs enseignants le perçoivent, consiste à enrayer un début de décrochage. Néanmoins, les évaluations auxquelles nous nous sommes prêtés montrent avec certitude un effet positif lorsque l’on combine les facteurs-clés que sont la mobilisation de l’élève, celle de la famille et le dialogue avec les enseignants.

Comment êtes-vous financés ?
90% de nos financements proviennent du public - Etat et collectivités. Notre convention avec le ministère de l’éducation était globalement restée stable depuis vingt ans, elle a été augmentée il y a deux ans.

Vous aviez pointé, en 2008, le défaut de « ciblage » de l’accompagnement éducatif dans les collèges de l’éducation prioritaire. Comment voyez-vous le dispositif Devoirs faits ?
Sur Devoirs faits, nous avons été nettement plus impliqués. Dans les discussions avec le ministère, nous avons plaidé que nos bénévoles ne seraient pas opérateurs de ce dispositif puisque cela aurait compromis notre action sur l’accompagnement individuel, et nous avons été compris. En revanche, une centaine de volontaires AFEV en service civique sont insérés dans le dispositif d’une façon qui, comme nous le souhaitions, ne leur fait pas porter la responsabilité pédagogique, qui incombe aux enseignants. Le bilan que nous en tirons après une première année est positif. Cela permet de rompre l’isolement des collégiens qui ne peuvent pas se faire aider par leurs parents. Et, dans certains établissements, nous avons pu développer un travail très intéressant sur la coopération entre élèves.