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Gilbert Béréziat : « Paris Universitas doit devenir l’une des meilleures universités généralistes au monde »

Gilbert Béréziat, ancien président de l’université Paris-VI, est délégué général de Paris Universitas

Le 8 janvier, les universités de Toulouse ont officiellement créé le premier pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES), tandis que les trois universités de Strasbourg viennent d’annoncer la création d’une université unique en 2009. Vous venez vous-même de créer Paris Universitas. Comment interprétez-vous ces regroupements ?
C’est assez simple. Au niveau mondial, les établissements français n’existent pas. Ils ne sont pas considérés comme des universités, mais au mieux comme des facultés mono-disciplinaires. Si les présidents d’université en sont conscients depuis longtemps, la France ne s’en est rendue compte qu’après la publication en 2003 du classement mondial des universités, dit de Shanghaï. Avec seulement trois établissements parmi les cent premiers, l’Université française faisait pâle figure. La réponse réside bien sûr dans le rapprochement, voire la fusion d’établissements. En ce sens, le ministère a développé ce que sont aujourd’hui devenus les PRES. Pour notre part, à Paris-VI, nous avons commencé à travailler avec les universités Paris-II, Paris-III, Paris-Dauphine, ainsi que l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess) et l’Ecole normale supérieure (ENS). Cela nous a menés au dépôt, début janvier, des statuts de l’association Paris Universitas. Paris Universitas est-il un PRES ? Dans l’esprit, nous sommes un PRES. Cependant, les six établissements de Paris Universitas refusent de transformer cette association en établissement public de coopération scientifique (EPCS), comme le souhaiterait le ministère. Dans la forme, nous ne serons donc pas un PRES. Pour nous, l’EPCS aurait deux conséquences néfastes : créer une nouvelle couche bureaucratique et saucissonner les établissements. Avant de déléguer notre école doctorale à un EPCS, il est aujourd’hui plus urgent de nous donner l’autonomie (gestion des personnels, propriété et gestion de l’immobilier, etc.) et les moyens de cette autonomie que de nous forcer à nous marier.

Comment envisagez-vous le fonctionnement de Paris Universitas ?
Dans un premier temps, nous allons nous partager les tâches, dans une logique de projet. Par exemple, Paris-II devrait être en charge de la politique des salons à l’international, Paris-Dauphine de la communication, etc. Nous allons également mener des politiques en commun. Déjà, Paris Universitas a signé avec l’université de Montréal un accord général d’échange d’étudiants. Désormais, chaque composante de Paris Universitas peut s’adresser directement aux facultés de l’université canadienne avec laquelle elle souhaite travailler. A terme, Paris Universitas pourrait devenir une structure de gouvernance économique coiffant les six établissements, à l’image d’Oxford. Dans l’hypothèse d’une plus grande autonomie des établissements d’enseignement supérieur, cette structure serait en charge des négociations des contrats quadriennaux avec l’Etat et les collectivités territoriales ou des rapports avec le privé. En revanche, les quatre universités et les deux écoles conserveraient leur entière autonomie pédagogique et pourraient développer à loisir des cursus croisés, à l’image de ce qui existe déjà entre Paris-Dauphine et Paris-VI.

Quelle est l’ambition de Paris Universitas ?
D’ici quatre ou cinq ans, nous souhaitons devenir l’une des deux ou trois universités omnidisciplinaires de la capitale. Avec ses six établissements fondateurs, Paris Universitas peut d’ores et déjà offrir l’ensemble des disciplines universitaires, de la médecine aux lettres en passant par l’ingénierie, le droit, le management et les sciences sociales. Et dans la mesure où chaque établissement est déjà à la pointe dans son domaine au niveau européen ou mondial (Paris-II est par exemple l’une des premières universités juridiques européennes, Paris-VI la meilleure université mondiale en mathématiques, etc.), nous souhaitons clairement devenir l’une des toutes meilleures universités du monde. Avec 70 000 étudiants, dont 8 000 doctorants, près de 10 000 personnels, plus de 300 laboratoires de recherche, le nombre le plus important de publications d’articles scientifiques en Europe et un budget annuel de 1,5 milliard d’euros, Paris Universitas a largement les moyens de réaliser cet objectif.