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Guillaume Balas, sur la lutte contre le décrochage : « Les régions peuvent être des lieux de rencontre et d’action »

Guillaume Balas est professeur d’histoire-géographie, président du groupe socialiste au conseil régional d’Ile de-France.

D’où vient l’idée d’organiser des Assises régionales du décrochage scolaire en Ile-de-France, organisées le 22 septembre ?
Le conseil régional d’Ile-de-France a souhaité que 2012 soit l’année du décrochage scolaire, et dans ce cadre a organisé des assises régionales. Il s’agit de montrer qu’une région est en capacité d’agir contre ce phénomène. A cette occasion, des dispositifs mis en place en Ile-de-France doivent être présentés, comme le programme « Réussite pour tous », qui permet de soutenir des projets favorisant la poursuite d’études d’élèves issus de milieux défavorisés, ou le dispositif « Acte », qui vise à prendre en charge les collégiens temporairement exclus de leur établissement. Tous les acteurs de la lutte contre le décrochage - éducation nationale, formateurs de l’apprentissage, collectivités locales, associations, parents d’élèves... - abordent ensemble la question. Nous souhaitons montrer que les régions peuvent devenir des espaces de rencontre, de mutualisation, mais aussi d’action.

Dans votre ouvrage Lutter contre le décrochage scolaire (Jean-Jaurès Fondation, juin 2012), vous soutenez que la région est un échelon pertinent en matière de lutte contre le décrochage. Pourquoi ?
Ma position n’est pas le produit d’un a priori régionaliste. Je pense que le décrochage est multifactoriel. Certaines causes sont liées à l’école - nombreux sont ceux qui pointent une orientation souvent subie, une pédagogie négative qui sanctionne au lieu de valoriser. Mais il y a aussi des facteurs familiaux, sociaux, culturels... Puisque le problème est global, la réponse ne peut être déléguée entièrement à l’éducation nationale. Ce doit être une réponse politique globale. Dans ce cadre, les régions ont un rôle particulier à jouer. Elles ont investi les champs de la formation professionnelle, de l’apprentissage, de l’action sociale. Elles ont des responsabilités en matière d’aménagement du territoire, et la lutte contre le décrochage s’inscrit dans leur volonté de rétablir les équilibres territoriaux. Enfin, elles sont un échelon intermédiaire entre l’Etat et les collectivités de base, les communes, les départements. Elles sont en prise avec les particularités du territoire, tout en ayant le recul, la vision globale nécessaire.

Concrètement, que peuvent-elles faire ?
Je propose que la collectivité régionale travaille sur toutes les étapes du décrochage : en amont avec la prévention - le rapport aux savoirs et aux apprentissages -, pendant avec la prise de distance effective de l’élève - accompagnement et soutien à la parentalité -, et ensuite avec le retour en formation. Il faut apporter une aide particulière aux élèves et aux enseignants à des moments charnières du parcours, là où la « machine à trier » fait son office, comme l’entrée en CP, en 6e et l’orientation en fin de 3e. Les régions sont bien placées pour valoriser la voie professionnelle en créant des passerelles entre l’apprentissage, le professionnel et le général. Reste la question de l’orientation. Il me semble que la région est un bon échelon pour piloter les structures qui œuvrent dans ce domaine.

Y a-t-il des pays exemplaires en la matière ?
Le Québec a été le premier pays à s’emparer du sujet et à employer le terme de « décrochage scolaire ». Dès les années 1980, le décrochage a été considéré comme un problème de société et a bénéficié, à ce titre, d’un traitement politique transversal. De nombreuses réformes ont été mises en place : renforcement des services d’accueil et d’orientation, socialisation des parents pour réduire le déterminisme social lié à l’appartenance familiale, développement de programmes de re-motivation des élèves pour redonner du sens à l’école, instauration de passerelles entre les filières.

Que pensez-vous des actions du précédent gouvernement ?
Luc Chatel a lancé un système interministériel d’échanges d’informations et des plates-formes de suivi des décrocheurs. Son action a surtout consisté à comptabiliser et repérer les décrocheurs plus qu’à lutter contre le décrochage. Le bilan de Luc Chatel, c’est aussi la suppression des Rased et la responsabilisation des parents via la suspension des allocations familiales. L’actuel gouvernement veut diviser par deux le nombre de décrocheurs. Le décrochage est au cœur de son engagement.