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L’an 1 du ministère Blanquer : une mesure phare et des potentialités

Au bout d’un an d’exercice et alors qu’il aborde des chantiers aussi risqués qu’une réforme du bac, ne pas être aux prises avec une fronde lancinante est déjà, pour le ministre de l’éducation, une forme de succès qui a fait cruellement défaut à ses prédécesseurs


Dans son livre Construisons ensemble l’école de la confiance (Odile Jacob), publié le 16 mai, Jean-Michel Blanquer vient de faire le point sur son action ministérielle. Une action qui, rappelle-t-il dès les premières pages, est destinée à se déployer « dans la durée ».
« Dans quatre ans, collectivement, nous devons avoir remporté une manche décisive sur la difficulté scolaire à laquelle sont confrontés trop d’enfants dans notre pays. » Le « collectivement » est-il une façon de prôner le rassemblement, ou bien une discrète précaution de langage pour le cas où il ne serait plus, le jour venu, au même poste ? Nul ne peut le dire. En revanche, il est certain que le ministre maîtrise sa communication au petit point et qu’il n’aligne pas les mots au hasard.
En ce sens, il n’est pas malséant de lui reconnaître une habileté politique qui lui a permis -en usant de quelques thèmes-clés comme la rupture avec « ce qu’on a appelé le pédagogisme »- de bénéficier d’un soutien enthousiaste à droite sans pour autant s’aliéner l’opinion de la gauche modérée. Pour un ministre qui, comme lui, se pose en réformateur résolu, ne pas être assiégé par un mécontentement grandissant et une fronde syndicale lancinante est déjà une part de succès.
Quant aux réformes entreprises, Jean-Michel Blanquer, comme tout ministre de l’éducation, a sa longue liste de « chantiers » en cours, qu’il n’est pas question d’aborder exhaustivement dans un article et dans laquelle il faut distinguer les mesures les plus saillantes et les plus effectives. Sans conteste, sa mesure phare porte sur la perspective qu’Emmanuel Macron mettait le plus en avant dans sa campagne : le dédoublement progressif des CP et des CE1. La première étape a été rondement menée : depuis la dernière rentrée, en moyenne, une classe de CP en REP+ compte désormais 13,4 élèves, contre 21,7 élèves à la rentrée 2016.
L’extension de ces dédoublements aux CE1 de REP+ puis aux CP et aux CE1 de REP est programmée pour les deux prochaines rentrées. Certains syndicalistes doutent de la faisabilité de ce projet, mais il convient de souligner que à l’été 2017, pas un expert n’aurait parié sur la réalisation de la première étape, chacun rappelant qu’une rentrée se prépare un an à l’avance. Dans les cordes dont Jean-Michel Blanquer dispose à son arc, se trouve aussi un « savoir réaliser » indéniable.
Au caractère réel et concret de ces dédoublements, à la satisfaction des enseignants concernés, s’ajoute l’efficacité avec laquelle cette mesure est vantée dans le discours macronien, et décrite comme l’alpha et l’oméga d’une vraie politique scolaire sociale. Quitte à oublier que les trois quarts des élèves défavorisés, comme vient de le rappeler le bureau d’études Compas, sont hors de l’éducation prioritaire.
Dans un tout autre registre, le vade-mecum de la laïcité publié en mai peut aussi être considéré comme une mesure désormais effective. Le dispositif «  Devoirs faits  » également. Mais la quasi-totalité des autres points du « programme Blanquer », y compris ceux qui, ces derniers mois, provoquent le plus de débats, comme les différentes modalités du renforcement des « fondamentaux », les modifications apportées aux programmes, l’instauration d’un conseil scientifique, et même la réforme du bac, annoncée sans provoquer de séisme, se trouvent encore dans le registre des potentialités et des amorces d’action, dont l’effet ne peut être encore mesuré. « Une année, c’est beaucoup et c’est peu », remarque lui-même le ministre dans la conclusion de son livre. L.C.