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Recrutement des enseignants : la place du concours, toujours remise en question

Une première année de bachotage. Une deuxième année surchargée avec un demi-horaire d’enseignant, un mémoire à rédiger et un master à boucler. Cela ne suffit pas pour former un enseignant, constate la Cour des comptes, qui propose de modifier la place du concours


Une cote mal taillée et qui, à l’usage, ne donne satisfaction à personne, même à ceux qui avaient défendu sa mise en place en 2012 : ainsi se présente l’architecture actuelle de la formation initiale des enseignants.
La question de l’endroit du cursus où il convient de placer le concours de recrutement -en fin de L3, en cours de M1, en fin de M2...- n’a cessé de se poser de nouveau ces dernières années. En publiant, le 4 juin, un « référé » daté du 12 mars et destiné aux deux ministres responsables de la formation des enseignants, la Cour des comptes vient non seulement de relancer ce questionnement, mais aussi, ce qui est plus important, d’obtenir des réponses qui pourraient changer la donne.
La Cour recommande de « placer les épreuves d’admissibilité en fin de licence » et d’« asseoir davantage les épreuves d’admission, qui seraient placées au cours de l’année de M1, sur des enseignements de professionnalisation ». C’est l’une des six recommandations qui figurent dans ce texte sur la mise en place des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPÉ). D’autres recommandations portent notamment sur le renforcement du pilotage de l’Etat et sur la nécessité de garantir, au sein des universités, les moyens dévolus aux ESPÉ.
Sur la place des épreuves, Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal ont répondu positivement : « Un consensus se dégage progressivement » dans le sens indiqué par la Cour, mais sa réalisation ne pourrait intervenir, « au mieux, que pour la session 2020 », ont-ils indiqué. En soulignant notamment que « la première année de formation en ESPÉ tend trop à se réduire à une préparation disciplinaire, éloignée de l’ambition initiale du master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) et ce, malgré la rénovation du format des épreuves », la Cour a repris une critique ancienne, formulée notamment dès 2012 par le Groupe pour la reconstruction de la formation des enseignants (GRFDE), mais que le ministère de Vincent Peillon n’avait pas voulu entendre.
Le schéma actuel s’est alors installé : le concours est placé durant l’année de M1, épreuves écrites (admissibilité) en mars, épreuves orales (admission) entre avril et juin, sa validation réclamant que le master complet soit obtenu. Il s’ensuit que la première année, tendue vers la réussite du concours, est forcément une année de bachotage. Quant à la deuxième année, durant laquelle les enseignants stagiaires ont un demi-service d’enseignement, elle est une barque trop lourdement chargée : outre leurs cours à assurer, les stagiaires doivent produire un mémoire professionnel et terminer leur master.
« Le déplacement des épreuves d’admissibilité en fin de licence permettrait aux universités de préparer les candidats sur le plan disciplinaire ; les épreuves d’admission, qui seraient alors placées au cours de l’année de M1, seraient plus axées sur la professionnalisation afin de sélectionner ceux des admissibles qui présentent les meilleures aptitudes et la plus forte motivation pour le métier, quitte à compléter leur formation disciplinaire par la suite », argumente la Cour des comptes. Celle-ci constate que, paradoxalement, la hausse du niveau de diplôme requis pour présenter un concours d’enseignant n’a garanti ni une élévation du niveau disciplinaire ni une professionnalisation accrue.
Il reste à savoir si le changement de la place des épreuves est en soi une solution suffisante. Le GRFDE, en son temps, plaidait pour un concours à l’issue de la licence... donnant accès à une formation professionnelle de trois ans. L.C.