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Postes d’enseignants  : l’éducation, seul domaine où «  la courbe  » est inversée

La polémique relancée par Jean-Luc Mélenchon, accusant le gouvernement de ne pas tenir la promesse de François Hollande de rétablir 60 000 postes d’enseignants, montre que le sujet est sensible. Mais elle n’a été relayée par aucune grande fédération syndicale.

« Menteurs ! » En accusant le président de la République, le gouvernement et la ministre de l’éducation nationale de ne pas tenir la promesse de François Hollande de rétablir « 60 000 postes » dans l’éducation nationale, Jean-Luc Mélenchon, cofondateur du Parti de gauche, a apporté une nouvelle preuve que les questions éducatives gardent une forte dimension politique. Il a ainsi relancé une polémique qui existait déjà à l’état latent sur le terrain, où une partie des enseignants, ne voyant pas arriver les postes de collègues titulaires qu’ils attendaient, expriment leur désappointement.
Cette interpellation a le mérite de déclencher une série de réponses et de prises de position obligeant à faire le point sur un processus dont l’origine remonte au quinquennat précédent. Les premières réductions de postes d’enseignants sont intervenues dans la première partie des années 2000, mais c’est durant la présidence de Nicolas Sarkozy que 80 000 postes, soit près de 10 % des effectifs, ont été supprimés, année après année, en fonction d’une politique planifiée et assumée. Le 9 septembre 2011, François Hollande, candidat à ce qui n’est encore que la primaire socialiste, crée la surprise en lançant, lors d’une visite dans un établissement scolaire de Soissons, sa proposition de recréer, à travers une loi de programmation, « les 60 000 à 70 000 postes supprimés depuis 2007 ». Avant même son accession à la présidence, il apparaît que cette promesse est assortie d’un engagement de stabilité des effectifs de la fonction publique d’Etat, obligeant donc à « prendre » les postes ailleurs.
Les 60 000 postes annoncés pour l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur se traduisent dans la loi de refondation de 2013 par une programmation jusqu’en 2017 de 54 000 postes dans le scolaire, répartis entre 21 000 postes d’enseignants titulaires, 27 000 d’enseignants stagiaires et 6 000 emplois éducatifs non enseignants (accompagnement du handicap, vie scolaire, etc.). Aux deux tiers du quinquennat, en cette rentrée 2015, le ministère de l’éducation donne le chiffre de 35 200 postes créés, répartis entre 24 300 enseignants stagiaires en formation (sur les 27 000), 4 150 enseignants titulaires (sur les 21 000) et 3 150 « autres personnels » (sur les 6 000). Les stagiaires, puisqu’ils sont en formation, ne sont présents dans les classes que 50 % de leur temps et forment encore la plus grosse part des postes rétablis.
D’où l’accusation de substituer des stagiaires aux titulaires promis  : un sophisme qui ne tient pas compte du fait que tout stagiaire, donc reçu à un concours d’enseignement, est destiné à devenir titulaire l’année suivante. La FSU, fédération syndicale la plus oppositionnelle, n’a pas emboîté le pas aux accusateurs. Mais, comme les autres syndicats, elle a aussi souligné les obstacles que sont une vitesse d’exécution jugée bien lente par rapport à l’échéance de 2017 et la difficulté à recruter, surtout dans certaines disciplines du secondaire, occasionnant parfois des écarts entre les postes budgétaires créés et leur occupation effective. Des écarts que le ministère fait tout pour combler, notamment à travers des recrutements sur listes complémentaires dans le primaire.
L’effort budgétaire et la volonté politique de tenir une promesse coûteuse ne font aucun doute. Il reste à gagner une course contre le temps, mais même avec des résultats intermédiaires et insuffisants, la courbe de l’emploi enseignant, à la différence de celle du chômage, a bien été inversée.