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Les « partenaires » de l’éducation nationale  : intrus ou alliés  ?

Selon les options des acteurs du terrain ou les choix de l’équipe ministérielle en place, les «  partenariats  » conclus par l’éducation nationale avec des organismes extérieurs peuvent être perçus avec méfiance, indifférence ou - ce n’est nullement exclu - sympathie.


Un courriel récemment reçu par de nombreux responsables éducatifs est signé « Ashoka ». Cette association loi de 1901 est la déclinaison d’une organisation internationale fondée en 1981 par un citoyen américain. Son style d’expression déconcerte  : « Nous recherchons des Changemaker Schools ».
Organisation «  sans but lucratif, laïque et apolitique  », elle revendique d’être «  le 1er réseau mondial d’entrepreneurs sociaux  », dont l’objectif « est de faire émerger un monde où chacun est capable d’agir rapidement et efficacement pour répondre aux défis sociétaux ». Le courriel indique qu’elle « applique aujourd’hui son savoir-faire au champ de l’éducation ». « Nous identifions, sélectionnons, connectons, soutenons et mettons en lumière tous types d’établissements scolaires qui mettent au cœur de leur approche pédagogique l’acquisition de qualités d’acteurs de changement comme l’empathie, la coopération, la prise de risques et d’initiatives, la créativité, etc. ». Précision  : « cette année », l’association recherche « notamment des établissements publics et plus particulièrement dans le secondaire et en zones REP ».
Cette approche, qui n’attribue pas une exclusivité au secteur public, suscite des réactions diverses, allant de la sympathie à l’hostilité en passant par la vague méfiance. Ashoka n’agit cependant pas sans l’aval de l’institution  : une « convention-cadre » a été signée le 9 février entre l’association et la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco). C’est l’une des multiples formes que peuvent prendre les « partenariats » conclus par l’éducation nationale. Le concept ne date pas d’hier. Il existe même au ministère un Centre d’études et de recherches sur les partenariats et les professions (CERPEP). Dirigée par Jean-Pierre Collignon, inspecteur général, avec Véronique Blanc, IPR en économie-gestion, cette structure vouée d’abord aux collaborations avec les entreprises dans le cadre de la formation continue des enseignants a fêté en mai son 60e anniversaire. Son action a cependant fortement évolué depuis trois ans  : au départ limitée aux filières technologiques et professionnelles, elle s’est élargie à toutes les disciplines et s’occupe de la mise en œuvre, pour la partie concernant les enseignants, des partenariats décidés au niveau de la Dgesco ou du cabinet ministériel.
Certains partenariats s’inscrivent dans une tradition qui plonge ses racines dans l’édification de l’école républicaine : c’est le cas des réseaux associatifs de l’éducation populaire. C’est le cas aussi de toute une série de fondations privées, coiffées ou non par la Fondation de France, laquelle situe son action en appui au service public. Malgré un début de méfiance dès lors qu’il est question du privé, volontiers associé à « privatisation », cet univers-là n’est généralement pas perçu comme un intrus.
Il n’en va pas de même dès lors que le partenaire est de culture anglo-saxonne, qu’il est affilié à un réseau international et/ou qu’il est financé par le « grand capital ». Le degré d’hostilité ou d’acceptation est toutefois fortement indexé sur les options idéologiques. Un partenaire étant par définition une entité extérieure à l’école, il peut toujours se voir reprocher ses propres finalités, qui ne se recoupent que partiellement avec celles de l’éducation nationale. C’est au ministère, donc à l’instance politique, d’apprécier la compatibilité entre ses propositions et les principes du service public. Autant dire que l’arbitrage, variable selon les périodes et les gouvernements, laissera toujours des satisfaits, des indifférents et des indignés. L.C.