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Xavier Pons : « L’enquête PISA sert plutôt à légitimer des réformes ou des positions préétablies »

Xavier Pons est maître de conférences à l’université Paris-Est-Créteil et chercheur à l’OSC, Sciences Po.

L’enquête PISA de l’OCDE a-t-elle des impacts sur les politiques éducatives ?
Peu de chercheurs ont abordé la question. Les quelques travaux sur ce sujet montrent toutefois que les résultats de PISA servent plutôt à légitimer des réformes ou des positions préétablies. PISA peut créer un « choc ». Cela s’est produit en Allemagne. En 2001, le pays a obtenu des résultats très moyens alors qu’il pensait avoir le meilleur système éducatif au monde. Mais les décideurs allemands se sont surtout emparés du classement pour critiquer la politique de certains Länder et justifier des réformes structurelles. En Suisse aussi, PISA 2000 a été l’occasion d’affirmer haut et fort que l’éclatement en 26 systèmes éducatifs ne marchait pas. Sauf que le projet d’harmonisation n’était pas nouveau, il avait été posé dès 1970. Dans ce pays, PISA a plutôt joué un rôle d’accélérateur de l’histoire.

Un « choc PISA » s’est-il produit en France ?
Pas au sens d’une évolution convergente et brutale du débat public vers un ensemble de réformes au nom de PISA. Xavier Darcos, lorsqu’il était ministre de l’éducation, avait parlé de « choc PISA », mais à des fins politiques, pour légitimer ses positions - autonomie des établissements, accompagnement personnalisé -, et asseoir sa réforme du primaire. Le problème, c’est qu’entre les résultats de PISA et les préconisations politiques qui en découlent, il n’y a pas d’étape intermédiaire, pas d’explication contextualisée des résultats en fonction des particularités de chaque système. Comment savoir, alors, si ce qui marche dans un pays est exportable ailleurs ?

PISA a été longtemps décrié en France. Pourquoi ?
Il y a des raisons méthodologiques et des raisons politiques. Il faut savoir qu’aucun expert français n’a participé au consortium international à l’origine du premier cycle PISA, que cette enquête n’évalue pas les connaissances attendues dans les programmes mais des compétences, et qu’elle repose sur une conception de l’évaluation peu valorisée en France. Depuis le milieu des années 1990, la DEP [direction de l’évaluation et de la prospective] a tenté de promouvoir au niveau européen une méthode alternative d’évaluation internationale des acquis des élèves. Grosso modo, plutôt que de sélectionner certains items et de les traduire dans plusieurs langues, l’idée était de partir d’exercices conçus en langue maternelle et de s’assurer que leur degré de difficulté soit comparable. Ce projet n’a pas convaincu. Il y a par ailleurs un effet de conjoncture politique. Quand les résultats de PISA 2000 sont publiés, le ministre de l’éducation, Jack Lang, est mandaté pour produire un consensus autour d’un programme éducatif, à l’approche de l’élection présidentielle de 2002. Le ministère de l’éducation n’a aucun intérêt à s’appuyer sur une enquête estampillée par certains syndicats comme le temple du néolibéralisme. La communication officielle du ministère insiste alors sur les biais méthodologiques de PISA, tels que l’âge auquel sont évalués les élèves, 15 ans, qui ne correspond pas à la fin de scolarité obligatoire en France, ou encore l’usage des QCM.

Cette enquête est-elle légitime aujourd’hui ?
Oui, et le changement de ton se produit en 2005-2006, pour plusieurs raisons. A ce moment-là, la DEPP [ex-DEP] est réorganisée pour mieux répondre aux besoins de la LOLF [loi organique relative aux lois de finances]. La nouvelle direction, dans la lignée des positions des ministres successifs depuis 2005, considère que PISA est bien fondé et que l’on peut s’y référer. Les partis politiques préparent leur offre politique en vue de la présidentielle de 2007. La droite s’appuie sur PISA et d’autres classements pour légitimer les réformes à mettre en œuvre. A une réunion de la convention UMP sur l’éducation en février 2006, Nicolas Sarkozy déclare : « Je voudrais que l’on tire les conséquences de ce que nous apprend PISA. » La seconde raison de ce tournant est technique. La France parvient progressivement à pénétrer les instances de conception de PISA. Enfin, la LOLF, qui entre en vigueur au 1er janvier 2006, amène à un nouveau pilotage du système éducatif, fondé sur des objectifs et des indicateurs de performance. Dans ce contexte, PISA n’est plus un outil isolé mal compris, mais une référence centrale, reprise dans le décret sur le socle commun.

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